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mardi 11 février 2025

Le Palais Idéal du Facteur Cheval

 


« Ce n’est pas le temps qui passe, mais nous »
 
« En créant ce rocher, jai voulu prouver ce que peut la volonté. »


Voilà quelques unes des paroles de sagesse qu’on peut lire sur cet étrange monument qui se trouve à Hauterives, dans le nord de la Drôme : le Palais Idéal du Facteur Cheval, dont la construction a duré 33 ans, de 1879 à 1912. Son architecte et bâtisseur, Ferdinand Cheval, est décédé il y a maintenant exactement 100 ans. Il passait pour un original et un doux dingue à son époque, mais aujourd’hui son œuvre est devenue une attraction touristique et artistique connue dans le monde entier. Son style appartient à l’art naïf, mais aussi à l’art brut, compte tenu du profil psychologique de ce créateur hors-normes. En effet, on soupçonne quil était autiste asperger. Ce comportement aussi tenace quobsessionnel semble en effet pointer dans cette direction. Pendant ses tournées de distribution du courrier - il parcourait 32 km à pied tous les jours - il ramassait des cailloux, des pierres et des coquillages. Il passait ensuite ses nuits à pétrir de la chaux, du ciment et du mortier, s’aidant de fils de fer, utilisant ainsi les techniques du béton armé avant l’heure. Une fois son palais achevé, il a encore consacré 8 ans à bâtir sa propre sépulture - le Tombeau du silence et du Repos sans fin - qu’il a réussi à terminer deux ans avant sa mort. 




Au XIXème siècle, la France était extrêmement pauvre et Ferdinand Cheval a eu la chance de pouvoir aller à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. Il a tout d’abord travaillé comme boulanger - d’où le pétrissage de ses matériaux de construction - mais a ensuite trouvé un emploi comme facteur, étant donné qu’il savait lire. Le tourisme en était à ses balbutiements et Ferdinand Cheval a certainement trouvé son inspiration dans les illustrations des cartes postales qu’il distribuait. Car on trouve toutes sortes de cultures lointaines parmi les innombrables convolutions de son palais. Il y a fait figurer un château du Moyen-Âge, une maison carrée d’Alger, un chalet suisse, une maison blanche, un temple hindou, une mosquée … Le palais est également décoré de trois géants et de colonnes barbaresques, d’une niche aux hirondelles, d’un musée antédiluvien, d’une crèche merveilleuse et de toutes sortes d’animaux, y compris des gargouilles. Sa construction s’appelait tout d’abord Le Temple de la Nature. Ici et là, on peut lire des aphorismes ou déclarations en tout genre, comme par exemple « Ce rocher dira un jour bien des choses » ou encore « Sur cette terre, comme l'ombre nous passons. Sortis de la poussière, nous y retournerons ». On peut facilement passer une heure ou deux, voire davantage, à flâner dans et autour de ce petit château de contes de fées, tant il y a de détails surprenants à observer. André Malraux, alors Ministre de la Culture, a eu la clairvoyance de classer le site Monument historique en 1969, alors que d’autres estimaient que ce n’était qu’un « affligeant ramassis d’insanités ». Ferdinand Cheval était également admiré d’André Breton, Picasso et Max Ernst, à qui il a inspiré des œuvres, tout comme à Nikki de Saint Phalle. Son œuvre a été découverte et reconnue encore de son vivant, ce qui a permis à son travail d’être enfin apprécié à sa juste valeur. Aujourd’hui, le Palais Idéal accueille 200.000 visiteurs par an. 


Peut-être qu’il vous arrive, à vous aussi, d’admirer les jolis cailloux qu’on trouve sur les plages de galets, qui ont parfois des formes et des motifs intéressants ou surprenants. Les personnes qui collectionnent des cailloux s’appellent des « chiens de roche ». Certains s’amusent à bâtir des « cairns », c-à-d des cailloux empilés dans un exercice d’équilibrisme zen. Cette mode est toutefois néfaste pour l’environnement, surtout si elle encourage les touristes à exhiber ensuite leurs œuvres tellement instagrammables sur les réseaux ! Cela finit par perturber l’équilibre naturel au point qu’il est devenu nécessaire d’infliger des amendes aux émules du Facteur Cheval, qui espèrent ainsi se rapprocher un peu de Bouddha. Par exemple, à Nice, vous risquez 38€ damende si vous emportez des cailloux. Un touriste revenant de Sardaigne s’est fait pincer avec 41 kg de galets - qui ont été saisis et remis à leur place. La municipalité d’Étretat a fait passer un message à la télévision, exhortant les visiteurs à ne pas emporter leurs précieux galets. On estime que les vacanciers en embarquent environ 400 kg par jour. Une brave personne, prise de remords, a mis ses quatre galets dans une enveloppe et les a renvoyés à Étretat. Ce petit geste n’est, évidemment, qu’une goutte d’eau dans l’océan Atlantique …. 



Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dit-on en français. Les personnes qui vivent dans des maisons en verre feraient mieux de ne pas lancer de cailloux, dit-on en anglais et en allemand. Il faut collectionner les pierres quon vous jette, cest le début dun piédestal - aurait dit Hector Berlioz. Alors si quelqu’un cherche à vous lapider…. vous pourrez toujours commencer à bâtir un piédestal, à défaut de bâtir un palais !

jeudi 26 septembre 2024

Une visite guidée au CERN - le Conseil européen pour la Recherche nucléaire


Pérégrinations à l'infini et le Globe de la science et de l'innovation

Il est dorénavant possible d’organiser des visites guidées pour groupes au CERN. Il a fallu attendre bien longtemps avant que cela ne soit possible. Autrefois, il fallait connaître quelqu’un à l’intérieur de l’organisation, il fallait venir avec son propre minibus et attendre environ 6 mois avant qu’un créneau se libère. Ensuite, tout a été bloqué et stoppé, le temps qu’ils construisent leur tout nouveau Centre des Visiteurs, le Portail de la Science, conçu par Renzo Piano et inauguré en octobre 2023 : une exposition permanente, située dans deux cylindres qui enjambent la route, évoquant les tubes de l’accélérateur de particules. Tous les jours, des exposés et diverses activités sont proposés (voir visit.cern). On peut également participer à des visites guidées individuelles, mais qui sont à réserver le jour-même, sur place, en prenant le risque que tout soit complet. Un tel système est évidemment impossible à gérer pour de plus grands groupes. Les gens sont très enthousiastes et désireux de découvrir ce site mythique. Les visites sont prises d’assaut et le Centre des Visiteurs fourmille constamment de monde. Toutes les activités, ateliers, vidéos et visites proposés sont entièrement gratuits. Il s’agit sans doute d’un effort de relations publiques pour mieux se faire connaître du public, mais aussi pour satisfaire l’immense curiosité pour les activités extraordinaires déployées par le CERN. En vertu de l’article II de sa Convention*), « l'Organisation s'abstient de toute activité à fins militaires et les résultats de ses travaux expérimentaux et théoriques sont publiés ou de toute autre façon rendus généralement accessibles ». Toutes les données deviennent publiques au bout de trois ans. Le CERN ne fonctionne donc pas dans une finalité commerciale.

Le CERN a vu le jour au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de recréer un centre d’excellence en Europe, après que de nombreux scientifiques et chercheurs ont dû s’exiler aux Etats-Unis. Il rassemble 24 États européens et collabore avec de nombreux États extra-européens. Les Etats-Unis, l’Inde ou le Pakistan, par exemple, ont le statut d’observateur. Entre le personnel permanent, les chercheurs en résidence ou les universitaires de passage, on compte en moyenne 10.000 personnes présentes par jour sur le site à Meyrin. Pour travailler au CERN, il faut toutefois être ressortissant d’un des Etats membres. Le budget annuel tourne autour de 1 milliard CHF. 


Plusieurs modèles d’accélérateurs de particules se sont succédé au cours de ces 70 dernières années. Le synchrocyclotron, qui date de 1957, est dorénavant mis à la retraite. Le synchrotron à protons (1959) lui a succédé, puis le super synchrotron à protons (SPS, 1976), l’accélérateur proton-antiproton (1983) et enfin le grand collisionneur électron-positon, le LEP (1988), qui a été stoppé en 2000, afin de permettre la construction du LHC, le grand collisionneur de hadrons (2008). Le LHC tourne H24 et n’est mis à l’arrêt que pour Noël et pendant deux semaines en hiver. 




Contrairement à Aristote qui pensait que la matière était divisible à linfini, Démocrite affirmait quil existe des atomes - littéralement « qui ne peut être coupé » - cest-à-dire des particules indivisibles. C’était bien Aristote qui avait raison : les atomes sont constitués de particules dites subatomiques, les protons et les neutrons, les électrons circulant quant à eux en orbite de latome. Les protons et les neutrons ont été identifiés en 1930 et les scientifiques pensaient alors quils étaient indivisibles. Selon le modèle standard de la physique des particules, théorie élaborée au début des années -70, lunivers est fait de douze constituants appelés les particules fondamentales, qui portent des noms tels que quarks, leptons, bosons, ainsi que, évidemment, les antiquarks et les antileptons. Il na pas (encore) été possible de diviser les quarks ni les électrons, qui sont ainsi à considérer comme des particules élémentaires.


L’excavation du tunnel du LEP était le plus gros chantier en Europe, avant le tunnel sous la Manche. Les particules tournent dans un circuit de 27 km, doté de milliers d’aimants supraconducteurs et de structures accélératrices, à une vitesse quasi équivalente à celle de la lumière : un proton fait 11 fois le circuit de 27 km en une seconde. A noter que la majeure partie de l’anneau que forme le LHC se trouve sur le territoire français, entre 60 et 110 m sous terre, bien que le siège du CERN soit en Suisse. Sur le parcours d’accélération, se trouvent des détecteurs portant des noms tels que CMS (Compact Muon Solenoid) ou encore ALICE (A Large Ion Collider Experiment), qui permettent d’observer les collisions des particules qui parcourent l’anneau en sens inverse, de sorte à provoquer des collisions - l’occasion d’entendre le mot « collimateur » au sens propre du terme. A noter que le LHC qui a succédé au LEP utilise le même tube de 27km de circonférence. L’observation et la détection des collisions produisent 40 terabytes/seconde de données, qui sont filtrées, pour ne garder finalement « que » 200 GB/seconde. 

Le CERN a le projet de construire un nouvel accélérateur, le FCC ou Futur Collisionneur Circulaire, d’une circonférence de 91 km et situé à 200 m sous terre, un projet dont le devis s’élève à 15 milliards CHF. Son but est de comprendre encore mieux les lois fondamentales de la physique. Les milieux écologistes y sont opposés, à cause du chantier immense qu’entraînera cette nouvelle construction et de son impact sur le climat. Toutefois, la Chine travaille sur le même projet et, s’il ne se fait pas en Europe, la recherche fondamentale partira à l’autre bout de la planète. Il convient alors de se demander ce qui doit primer : la recherche ou la protection de la nature ?  



Pour étudier ces particules élémentaires (ou fondamentales), les chercheurs au CERN envoient des protons dans plusieurs accélérateurs pour leur permettre datteindre une vitesse quasi-identique à celle de la lumière au moment de leur collision. On parle dune chaîne dinjection de protons, via le LINAC 4 (accélérateur linéaire), le booster du PS (Proton Synchrotron, en français le synchroton à protons) et SPS (Super Proton Synchrotron, en français le supersynchroton à protons). Les particules sont ensuite envoyées dans le LHC (Large Hadron Collider, le grand

collisionneur de hadrons) - à ne pas confondre avec le Lausanne Hockey Club - qui a été mis en fonction en 2008. Des aimants supraconducteurs sont placés tout au long des 27km du LHC, afin daccélérer encore davantage les particules et accroître leur énergie. Le tuyau est refroidi à lhélium jusqu’à -271°, car le froid absolu favorise la supraconductivité.


LINAC 2

Selon la visite que vous ferez, vous pourrez pénétrer dans un lieu portant le nom dusine à antimatière, qui est en réalité un décélérateur dantiprotons, ainsi que LINAC 2, qui a été mis à larrêt en 2018. Il a été remplacé par LINAC 4, qui accélère les protons à des énergies trois fois plus élevées (160 MeV). Il sagit du premier maillon daccélération, qui a fourni des milliers de milliards de milliards de protons pour les expériences du CERN. Ces deux lieux représentaient un léger risque de radiation.

Lors du Big Bang, la matière et lantimatière auraient été créées en quantité égales. Lorsquelles se rencontrent, elles sannihilent mutuellement, créant de la lumière. La recherche tente de comprendre pourquoi la nature préfère la matière à lantimatière et lun des grands mystères de lunivers encore à percer consiste à savoir pourquoi et comment il a pu y avoir suffisamment de matière pour créer les étoiles, les planètes et toutes les formes de vie que nous connaissons aujourdhui. Lantimatière peut servir à des fins tout à fait concrètes : les PET-scans utilisés en médecine fonctionnent avec de lantimatière et la physique des particules contribuera sans doute à lavenir à la lutte contre le cancer.


ATLAS Experiment 

Comme chacun le sait, le World Wide Web a été lancé au CERN en 1989. Son usage premier était de permettre l’échange de gros volumes de données et d’informations entre chercheurs. Même s’il ne s’agit pas directement du fruit des recherches faites au CERN, nul ne contestera que cette découverte a totalement bouleversé notre monde, en moins de 40 ans. Internet serait probablement né de toute façon, il aurait succédé au Minitel, si populaire en France entre 1980 et 2012. Le touchscreen a également été inventé au CERN. D’autres découvertes sont plus confidentielles, comme par exemple certaines applications médicales (thérapie à base de hadrons pour traiter le cancer ou encore l’installation MEDICIS à base de radioisotopes pour la thérapie et le diagnostic). Il vaut certainement la peine pour le CERN de mieux se faire connaître du public.


CMS- Higgs Event
Le roman Anges et Démons de Dan Brown, paru en 2000, démarre au CERN, où des chercheurs auraient réussi à fabriquer de lantimatière. Une capsule de cette antimatière est volée dans le but de détruire le Vatican. Il convient de souligner que ce scénario est totalement fantaisiste et qu’il est dénué de toute vraisemblance. Certaines scènes du film, sorti en 2009, ont été tournées sur place. La « particule de Dieu » - qui n’a rien à voir avec Dieu, si ce n’est sa nature omniprésente - correspond au boson de Higgs, qui a été théorisé en 1963-64, puis découvert au CERN en 2012 par Peter Higgs et François Englert, lauréats du Prix Nobel lannée suivante. Il pourrait être intéressant de lire The God Particle : If the Universe Is the Answer, What Is the Question ? de M. Lederman et Dick Teresi, un livre de vulgarisation qui est devenu un best-seller (en français : Une sacrée particule). La physique des particules et les accélérateurs fascinent le grand public et apparaissent dans plusieurs œuvres de fiction populaire: le roman de Dan Brown mentionné ci-dessus, mais aussi Iron Man 2, Terminator 3 et même Ghostbusters, où laccélération de particules permet dattraper des fantômes ! Quelque chose à retenir, ça peut servir un jour … Dans les bandes dessinées Yoko Tsuno, il est aussi question dantimatière dont se nourrit une force extraterrestre. Lalbum La Spirale du Temps illustre dailleurs un accélérateur de particules.


Le 29 septembre 2024, le CERN fêtera ses 70 ans, qui seront célébrés avec une journée Portes Ouvertes. 


Pour plus de détails techniques et une visite virtuelle, voir home.cern 


*) Convention pour l’Établissement d’une organisation européenne pour la recherche nucléaire (1953)





samedi 31 août 2024

Saint-François d’Assise de Olivier Messiaen

Mise en scène d'Adel Abdessemed

Au printemps de cette année, j’ai eu la chance et le privilège de pouvoir participer, en tant que choriste, aux représentations de l’opéra Saint-François d’Assise d’Olivier Messiaen (1908-1992) au Grand Théâtre de Genève (avril 2024). Bien que Messiaen ait composé de nombreuses œuvres, il n’a écrit qu’un seul opéra. Saint-François a été créé en 1983 à l’Opéra de Paris, avec Jose van Dam dans le rôle-titre et Seiji Ozawa à la direction. Parmi les autres grands chefs d’orchestre à s’être attaqué à cette œuvre monumentale (plus de quatre heures), une mention toute particulière va à Kent Nagano, qui dirigeait par cœur, ce qui n’est pas une mince affaire, si l’on songe que la partition fait 2200 pages et pèse environ 18 kg ! Quant aux effectifs sur scène, il faut compter 120 musiciens, 150 choristes et neuf solistes, dont une seule femme (l’Ange).


Chaque personnage est accompagné d’un leitmotiv qui lui est propre et qui suit les lignes mélodiques d’un chant d’oiseau, tel que l’alouette, la fauvette à tête noire, la fauvette gérygone, le philemon de lIle aux Pins, la rousserolle effarvatte… On entend plus de 30 chants d’oiseaux différents dans cet opéra : le chant du troglodyte, de la linotte, du roselin cramoisi, du merle bleu, du rossignol à ventre jaune, du traquet à tête grise… Il s’agit d’oiseaux du Japon, de Mélanésie, du Maroc, de Corse, de Suède, dItalie et même de Nouvelle-Calédonie : « Je nai jamais entendu ces oiseaux dans notre Ombrie », objectera très justement Frère Massée. Messiaen était passionné par les oiseaux, il était d’ailleurs non seulement compositeur et organiste, mais aussi ornithologue. Saint François d’Assise étant connu pour son art à communiquer avec les oiseaux, le personnage ne pouvait que toucher le compositeur : « Saint François est en quelque sorte pour moi un confrère, je suis ornithologue et il prêchait aux oiseaux. » 


Si la multitude d’oiseaux ressemble à un inventaire de Prévert, que dire alors de l’orchestre ? On y trouve de nombreuses percussions, l’opéra démarre d’ailleurs par un thème au gamelan balinais souvent répété tout au long du spectacle ; également des xylophones, un xylorimba, un glockenspiel, un vibraphone, des marimbas, timbales et cymbales ; pas moins de six cors et huit contrebasses, seize cuivres, une clarinette contrebasse, un héliophone, des maracas, des gongs, un reco-reco, des crotales (non, pas le serpent !), des cloches tubulaires, des tam-tams, un géophone, une plaque-tonnerre …. mais pas le moindre raton laveur ! Tout ceci en sus des banals violons et autres clarinettes. La pièce maîtresse dans le rare et l’étrange est l’onde martenot, il n’y en a pas moins de trois ! Cet instrument étrange, un peu tombé dans l’oubli, est un piano électronique, inventé en 1918, qui crée des sons de fantôme et de soucoupe volante. C’est un précurseur des synthétiseurs et une sorte de cousin du thérémine, inventé quasi simultanément en Union soviétique, en 1919. Dans les années 1990, la belle-sœur ondiste - une personne qui joue des ondes martenot - de Messiaen, Jeanne Loriod a contribué à la mise au point de l’ondea, une version remaniée qui a servi dans la musique populaire moderne. La production d’ondes martenot a cessé en 1988, autrement dit, les trois instruments sur la scène du Grand Théâtre de Genève étaient des spécimens rares et relativement anciens.
 


Le prêche aux oiseaux au deuxième acte est un véritable feu d’artifice de chants multicolores. Dans ce fouillis organisé - le terme est de Messiaen - qui ne doit rien au hasard, Messiaen a voulu transcrire les myriades de couleurs déversées par les vitraux d’église, exprimant ainsi sa foi sincère. L’opéra - ou opératorio - porte le sous-titre « scènes franciscaines », on n’y trouve aucune trace d’un drame amoureux ou d’une vengeance sanglante. Cette fois-ci, ce n’est pas la soprano qui meurt à la fin, mais Saint-François, exalté de retrouver son créateur. L’œuvre est classée parmi la musique contemporaine. 


Saint-François d’Assise est une œuvre éminemment pieuse, aussi mystique que statique, qui parle beaucoup aux personnes croyantes. Messiaen était profondément catholique, passionné d’oiseaux et de musique. Étant aussi synesthète, il voyait la musique en couleurs. Il s’est intéressé à la musique traditionnelle indienne, japonaise, balinaise, ainsi qu’aux rythmes grecs. Entré au Conservatoire de Paris à l’âge de 11 ans, il obtient cinq prix dont ceux dorgue et de composition. A l’âge de 22 ans, il devient l’organiste titulaire de l’église de la Trinité à Paris, poste qu’il occupera pendant 61 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Messiaen a été fait prisonnier par les Allemands. Il passera son temps à analyser des partitions pour oublier la faim et composera le Quatuor pour la fin des temps pour les instruments disponibles dans son stalag (1941). De nombreux grands compositeurs modernes seront ses élèves, parmi lesquels Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Mikis Theodorákis, Lalo Schifrin ou encore Iannis Xenakis, parmi bien d’autres.



Olivier Messiaen a entamé la composition de Saint-François d’Assise à l’âge de 67 ans et l’a terminée à 75 ans. Il a encore composé une pièce pour piano et quatuor à cordes à 83 ans, une année avant son décès. La vieillesse n’est donc pas forcément un naufrage, comme l’affirmait le Général de Gaulle. Quant à Saint-François, il a été canonisé en 1228 par le pape Grégoire IX et Jean-Paul II l’a fait patron de l’écologie en 1979 (voir le Cantique des créatures). On lui attribue une prière pour la paix, parue en 1912, qu’il a sans doute écrite sur son nuage au paradis. Espérons que Dieu, quel qu’il soit, l’entendra enfin !


 

Prière pour la paix

Parue pour la première fois en 1912, rédigée par l'abbé Bouquerel. Reprise ensuite par des pacifistes protestants qui ont été les premiers à l’associer à Saint-François d’Assise.


Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Oh Seigneur, que je ne cherche pas tant à

être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.


Liste des percussions utilisées dans SFA (merci ChatGPT)


**Instruments à peau :**
- Grosse caisse
- Caisse claire
- Tambourin
- Tom-Toms
- Timbales
- Tambours basques

**Instruments métalliques :**
- Tam-tams de différentes tailles
- Cymbales (suspendues, crash, splash)
- Triangle
- Dong (gong chinois et autres gongs)
- Cloches tubulaires
- Carillon (cloches)
- Crotales (petites cymbales accordées en métal, jouées avec des baguettes)
- Cloches de bétail

**Instruments à lames :**
- Xylophone
- Marimba
- Vibraphone
- Glockenspiel (jeu de cloches)
- Tubes accordés

**Autres percussions :**
- Wood-blocks
- Castagnettes
- Maracas
- Güiro
- Flexatone
- Temple block


- Héliophone 
L'héliophone est un instrument très rare utilisé pour sa sonorité unique et distinctive. Bien qu'il ne soit pas couramment trouvé dans les orchestres standards, Messiaen l'utilise pour enrichir la texture sonore de son opéra. Il produit un son brillant et résonnant qui contribue à l'atmosphère céleste et mystique de l'œuvre.

- Plaque tonnerre :
La plaque tonnerre est une grande plaque en métal que l'on frappe pour imiter le bruit du tonnerre. Cet instrument est utilisé pour ajouter des effets dramatiques et atmosphériques, renforçant les moments de tension et de puissance dans la musique.


vendredi 7 juin 2024

La Fondation Baur à Genève

La Fondation Baur, sise à la rue Munier-Romilly à Genève, regroupe une imposante collection d’art d’extrême-orient. On y trouve essentiellement des objets de Chine et du Japon. 

Alfred Baur est né en 1865 à Andelfingen, dans le canton de Zurich. A cette époque - on a tendance à l’oublier - la Suisse était un pays pauvre et ses habitants devaient souvent s’exiler pour survivre. C’est ainsi qu’Alfred Baur est parti pour Ceylan (Sri Lanka) pour chercher un sort meilleur. Il y a fait pousser des noix de coco et, pour améliorer sa production, il s’est mis à leur chercher des engrais. C’est ainsi qu’est née la compagnie Baur & C° (https://www.baurs.com/about-us/) qui a fait sa fortune et qui existe encore de nos jours. 


Au cours de ses voyages dans cette partie du globe, il s’est passionné pour les arts orientaux. Sa collection est considérée comme l’une des plus belles en Europe à l’heure actuelle. A l’époque du séjour de Baur à Ceylan, le Japon et la Chine étaient très à la mode et suscitaient beaucoup d’intérêt. Ne parlant aucune langue orientale, il a pu compter sur l’aide précieuse de Tomita Kumasaku, un expert japonais qui lui servait d’intermédiaire et de traducteur.  


A l’étage consacré au Japon, on peut voir toutes sortes d’objets extrêmement fins et subtils, aussi beaux qu’étranges : des sabres et des gardes sabre (tsubas), des netsuke, des boîtes laquées, des pinceaux en cheveux de femme, des pipes, des estampes, un énorme paravent magnifique, des boîtes à thé, des vases et des plats en porcelaine. On y découvre également le concept du wabi-sabi, à savoir la beauté de l’imperfection, la grâce d’une fêlure, l’émoi que provoque un craquèlement. Il est frappant de constater à quel point les échanges et les voyages étaient fréquents à l’époque. Alfred Baur était très déterminé et d’une patience infinie lorsqu’il s’agissant d’acquérir telle ou telle pièce exceptionnelle.


L’art japonais et chinois se sont influencés mutuellement, suite à de nombreux contacts et échanges entre ces deux cultures. La production de céramique en Chine remonte au 5ème millénaire avant J-C. Céramique est le terme générique englobant des objets en argile cuite, tels que faïence et porcelaine. Le grès résulte d’une argile riche en silice, cuite à très haute température. La porcelaine, quant à elle, doit ses qualités, sa finesse et sa beauté au kaolin, une argile blanche, friable et réfractaire, composée essentiellement de silicates d’aluminium. Un important gisement a été découvert à Jingdezhen, dans la province de Jiangxi, et ce lieu était le centre de la production impériale dès 1004. Sa production est longtemps restée confinée à la Chine et sa recette un secret bien gardé. Du kaolin a toutefois été découvert à Meissen (Allemagne) en 1709, puis à Limoges (France), ce qui a permis à ces deux villes de devenir d’importants producteurs de porcelaine en Europe. Le musée expose également des céladons, nés d’un accident de cuisson, ainsi que des objets en jade d’une finesse extraordinaire. Les porcelaines aux motifs blancs et bleus ont connu leur apogée au cours de la dynastie Ming (1368-1544). Les faïences de Delft et les azulejos ibériques tirent certes leur origine de ces céramiques d’extrême-orient, mais il s’agissait au départ d’une production destinée aux marchés moyen-orientaux, amateurs de ces motifs bleus et blancs. Comme quoi la beauté naît des échanges pacifiques entre cultures parfois très éloignées. 


Peu avant sa mort, Alfred Baur fit l’acquisition de l’hôtel particulier qui abrite le musée de la Fondation. Aujourd’hui, le public peut non seulement visiter les collections, mais aussi participer à toutes sortes d’activités culturelles : cérémonie du thé, atelier de dessin ou de haïku, visites thématiques et conférences. En cette année 2024, la Fondation fête son 60ème anniversaire. Pour célébrer cette date, l’accès au musée est libre tous les samedis ! Qu’on se le dise !


fondation-baur.ch 


Estampe créée par ChatOn 😀


Jardin japonais à la Fondation Baur