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mardi 8 octobre 2019

Droits des passagers - que faire pour obtenir une indemnisation



On entend souvent parler de la possibilité de se faire indemniser en cas de vol annulé ou de vol retardé. Oui mais…. comment cela se passe-t-il en réalité ?

Récemment, je suis arrivée à destination 4h plus tard que prévu, ce qui m’a fait rater tout un samedi, autrement dit, la moitié d’un week-end à destination. Le vol n’était retardé que de 15 minutes au départ (dès le matin), mais cela m’a fait rater ma correspondance à Munich, aéroport trop énorme pour un créneau de 50 minutes pour changer d’avion et de porte d’embarquement. Outre deux charmantes balades en bus (tout d’abord jusqu’à la place de stationnement, puis de l’avion jusqu’au bâtiment de l’aéroport), il a fallu attendre environ 10 minutes pour qu’on nous apporte l’escalier nous permettant de rejoindre la terre ferme. Autant vous dire que les 50 minutes ont été consommées à tel point que, malgré mon sprint à travers l’aéroport, je suis arrivée trop tard à la porte d’embarquement. J’y étais avant l’heure officielle du décollage, mais la porte était fermée, définitivement et catégoriquement fermée. Une personne âgée ou une maman avec enfant n’y seraient jamais arrivés.


Le vol suivant ne partait que quatre heures plus tard. Quatre heures à glander dans un aéroport….. J’ai réclamé - et obtenu - un bon de 10€ qui m’a permis de me sustenter; on ne me l’aurait toutefois pas proposé spontanément. Nous étions trois personnes dans la même situation et le vol qui partait 4h plus tard était en surbooking, tiens, tiens…. La compagnie aérienne a donc dû proposer 200€ à trois volontaires qui auront accepté de prendre un autre vol, plus tard. Il aurait été plus économique de nous faire conduire en voiture du premier avion au second, mais cette option n’est sans doute disponible que pour la classe affaires. A noter que mon bagage a sagement suivi, ce mécanisme-là semble donc très bien fonctionner. 

Je devais travailler à destination le surlendemain et je me suis félicitée d’être partie un jour plus tôt, même si l’idée était plutôt de faire des balades et du shopping et non pas de faire les cent pas à l’aéroport de Munich qui, fort heureusement, est très silencieux. Ils ont compris - ouf ! - que la musique d’ambiance ne calme pas forcément les nerfs des voyageurs. 


A mon retour, j’ai décidé d’essayer de faire marcher le mécanisme d’indemnisation des voyageurs. Par où commencer ? J’ai googlé « Passenger Rights » et suis tombée sur une page de l’Union européenne, qui m’apprend que j’ai droit à une indemnisation de 400€ en cas de retard supérieur à 3h et d’une distance de plus de 1500km, ce qui était bien mon cas. On nous dit de nous tourner vers la compagnie aérienne, avec le formulaire idoine. Oui mais, comment faire en sorte que celle-ci obtempère ? Qu’est-ce qui les empêche de mettre votre formulaire à la poubelle, puis de vous dire : Désolé, vous avez dépassé l’échéance ? J’aurais aussi pu frapper à la porte de l’Office fédéral de l’aviation civile. Mais tout cela est un peu intimidant pour le citoyen lambda et surtout, je me disais que ça ne servirait strictement à rien, car qui suis-je pour qu’ils donnent suite à mes demandes ?

Quand on fait une recherche autour des droits des passagers, on tombe aussi sur une multitude de sites qui proposent de vous aider à faire valoir vos droits. Même lorsqu’on cherche la base légale, à savoir le Règlement UE 261/2004 *), on tombe d’abord sur des sites tels que airhelp.com, flightright.fr, frc.ch, air-indemnite.com, givt.com, bestfynd.com, etc. Facebook a aussi commencé à me suggérer des sites….. C’est aussi en cette occasion que j’ai découvert que le Livret ETI du TCS ne me servait strictement à rien, car ils ne couvrent pas les « vols secs », ils ne vous aident et vous indemnisent que pour des forfaits vol+hôtel. Etant donné que le Livret ETI n’existe plus en version non-motorisée, j’ai résilié mon sociétariat TCS. Mon assurance juridique, quant à elle, me conseille d’adresser ma demande via cancelled.ch, ce que j’ai fait, mais ce site me renvoie à mon assurance juridique, qui doit me donner un numéro de référence. A noter que si cancelled.ch parvient à obtenir une indemnisation, ils prélèveront une commission, ce qui est tout à fait normal. Voilà où j’en suis pour l’instant…..


Je pourrais également tester l’assurance voyage de ma carte de crédit, je n’ai aucune idée de ce qu’elle couvre exactement. La Mobilière et La Poste proposent aussi une assurance voyage de courte durée, de 10, 17 ou 31 jours, à tester pour une prochaine fois. 

En supposant que j’obtienne 400€ d’indemnisation, ça ne me rendra pas mon week-end à moitié gâché ni tout le temps perdu (ni le vain sprint dans les corridors de l’aéroport….), mais je trouve que ce genre d’incident doit coûter cher aux compagnies aériennes, afin de les décourager de proposer des correspondances trop courtes, alors que les vols partent systématiquement avec du retard. Un quart d’heure de retard pour une correspondance de 50 minutes, dans un aéroport énorme et bondé, c’est tout simplement impossible !  Cette mésaventure démontre qu’il y a trop de monde partout, trop de monde qui voyage, trop d’avions qui ne peuvent tout simplement pas partir à l’heure. Le moindre retard décale forcément tous les créneaux de décollage, ce qui fait ensuite boule de neige. S’il faut prévoir deux heures pour changer d’avion et calculer une marge suffisante pour arriver à destination avec un très gros retard, alors autant prendre le train. On finira par arriver à cette solution-là, avec ou sans les larmes de Greta.



MISE A JOUR:
Information contenue dans un courrier reçu de cancelled.ch :
"Si votre vol a été retardé ... : À la suite d’un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), les passagers ayant une destination de départ ou d’arrivée dans l’UE ont également droit à un dédommagement après un retard d’au moins trois heures à l’arrivée, mais comme la décision de la CJUE en Suisse n’est pas obligatoire (le pays n'étant pas un membre de l'UE) et le tribunal d'arrondissement de Bülach (FV150044-C / U) a expressément déclaré que les retards
dans ce pays ne sont pas éligibles, cette pratique ne s'applique donc pas en Suisse.
Si votre vol a été annulé ... : Par conséquent, les chances de réussite de l'exécution dans cette affaire sont plus grandes dans les autres pays de l'UE, Swiss (SWR) refusant les demandes d'indemnisation pour des affaires comparables en Suisse."


*) Règlement (CE) n°261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004, établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers, en cas de refus d'embarquement, d'annulation ou de retard important d'un vol

mercredi 21 août 2019

Vieillir en musique 🎶


Autrefois, on prenait sa retraite vers 65 ans et, à 70 ans, on était vieux. La vie active étant terminée, on s’installait dans un EMS*) pour attendre la mort, qui ne se faisait généralement pas trop attendre. Mais aujourd’hui, les centenaires prolifèrent grâce aux progrès de la médecine et les caisses de pension plongent dans les chiffres rouges.

Etant donné que le jalon fatidique de l’âge de la retraite commence à se rapprocher dangereusement, mon approche vis-à-vis du temps qui passe prend une dimension nouvelle : le temps qui me reste est trop précieux pour que je le gaspille à des choses inutiles, stériles et inintéressantes. J’observe les personnes plus âgées qui m’entourent et je constate avec ravissement qu’elles sont toutes très actives, curieuses, ouvertes aux découvertes et aux rencontres ou encore à l’apprentissage de choses nouvelles. 

Abbaye d'Abondance
C’est quelque chose qui m’a particulièrement frappée lors d’un récent stage de musique ancienne auquel j’ai participé pendant une semaine à Abondance (Haute-Savoie). J’étais, pour ainsi dire, la plus jeune de tout le groupe, les autres ayant tous soit mon âge ou 70 ans et plus. Non seulement personne n’était sourd ni gaga - ce qui arrive pourtant à des gens plus jeunes - mais les conversations ne portaient pas, mais alors pas du tout, sur des maladies, des traitements médicaux, des dentiers, des opérations de la hanche etc…. J’ai des souvenirs d’enfance où les conversations d’adultes ne portaient que sur leurs bobos. Sans doute que les vieux modernes refusent d’être des croulants, les ravages du temps qui passe sont donc tout simplement écartés.


Autre chose m’a marquée dans l’ambiance générale du groupe: il n’y avait aucun stress, aucune tension, aucune obligation de performance, aucune rivalité. Les participants faisaient tous de la musique en amateur, juste pour le plaisir et tout le monde avait une maturité suffisante pour mettre de côté tous les petits conflits mesquins qui peuvent nous empoisonner la vie aussitôt qu’on est deux ou plus. Tout se passait dans le respect mutuel, la joie de partager une activité à plusieurs et le plaisir de l’amusement dans l’effort intellectuel et physique qu’implique la pratique de la musique. 

La Negrina, Mateo Flecha El Viejo
Pour autant que le côté financier soit assuré, on peut aborder le troisième âge en toute sérénité. On est libre de faire ce qu’on veut, quand on veut, on est libéré de toute contrainte, la vie n’est plus que vacances, fun et liberté ! Plusieurs retraités m’ont dit n’avoir eu aucun regret à quitter la vie professionnelle et je compte bien faire partie de ceux-là.

Une nouvelle vie peut commencer dès 65 ans, mais il faut mettre toutes les chances de son côté pour que ce voyage dure longtemps et dans de bonnes conditions. En effet, nul ne sait ce que la vie nous réserve ni quelle sera la loterie que le bon dieu a en stock pour nous (maladies, hérédité, mauvaise chance). C’est pourquoi il faut profiter de la vie, ne pas en perdre une miette et surtout ne pas gaspiller son temps et son énergie à se plaindre et à se lamenter. Nous avons encore vingt ans, voire davantage, de vie active devant nous, il faut en profiter et en tirer le maximum ! L’exemple de Dagny Carlsson est éloquent: une dame suédoise de 107 ans, qui a appris à utiliser un ordinateur à l’âge de 100 ans et qui tient un blog depuis. Elle est très populaire et est devenue une personnalité appréciée et admirée dans son pays. 


Toute activité cérébrale et intellectuelle est bénéfique, en sus d’une activité physique et d’une alimentation saine, évidemment. De nombreuses études ont démontré les bienfaits de la musique : elle fait travailler la mémoire, la réflexion abstraite et nécessite un effort d’analyse et de restitution, ainsi que de coordination cerveau-motricité, cerveau-larynx, cerveau-oreille. Contrairement à une idée reçue, on ne perd pas forcément sa voix dès 50 ans, on ne devient pas forcément dur d’oreille non plus. La voix, les oreilles, le diaphragme se travaillent et s’exercent, comme dans n’importe quelle autre activité. Il n’y a que l’inertie et la paresse qui détruisent les acquis. 

Après avoir travaillé professionnellement avec mes oreilles et ma voix, je pourrai donc poursuivre cette activité, mais dans des conditions plus ludiques et festives. Décidément, la vraie vie commence après 65 ans !



*) EMS = établissement médico-social, résidence pour personnes âgées (en Suisse)

La musique, atout maître face au vieillissement, article paru dans le Nouvel Obs en 2014

Le blog de Dagny Carlsson:




jeudi 20 juin 2019

Le mémorial Mannerheim à Territet



Chaque année, la communauté finlandaise de Suisse se réunit à Territet (Montreux) pour honorer la mémoire du maréchal Mannerheim, le samedi le plus proche de la date de sa naissance, le 4 juin 1867. Mannerheim a écrit ses mémoires à Lausanne, pendant une période de convalescence; il y est décédé le 27 janvier 1951. Véritable héros du peuple finlandais, il est honoré à Helsinki par une statue équestre et un boulevard à son nom. Il a entamé sa carrière militaire à l’âge de 15 ans et a consacré toute sa vie aux armes.

Toutefois, il faut bien noter qu’en Finlande, le rôle de l’armée a toujours été purement défensif. Ce pays n’a jamais colonisé ni conquis qui que ce soit et il a acquis son indépendance vis-à-vis du royaume de Suède et de l’empire de Russie par la négociation et des traités. Les Finlandais ont su défendre leur intégrité territoriale face à l’Union soviétique en 1939, lors de la terrible guerre d’hiver de 1939-40 et ont réussi à rester indépendants, contrairement aux Etats baltes. 


C’est pourquoi la cérémonie au monument Mannerheim, bien que très militaire et officielle, est aussi très émouvante. Elle réussi à toucher quelque chose en moi, bien que je sois très éloignée de mes racines et pas particulièrement attirée par les faits d’armes. Le public était a priori exclusivement finlandais, à l’exception des personnalités tant civiles que militaires représentant la Suisse. Les autorités montreusiennes étaient présentes, ainsi que des hauts gradés de l’armée suisse. Des deux côtés du monument, une dame en costume vaudois, un policier suisse, un soldat finlandais et une Lotta°) J’ai découvert l’existence de l’association finno-suisse des officiers*), signe de liens d’amitié et de coopération étroits entre ces deux pays. Il existe également une Fondation Mannerheim, qui accorde des bourses à de jeunes militaires pour des séjours d’étude et de formation en Suisse. 


Des discours ont été tenus, en français, en allemand, en anglais et en finnois. Le culte ayant précédé la cérémonie était multilingue également. Les soldats faisaient le salut militaire devant le monument pendant le dépôt solennel des gerbes, pendant que les militaires restés devant le public faisaient de même. Il semblerait que toutes les armées du monde pratiquent ce même geste de la main portée à la tempe, mais on m’a expliqué que les marins inclinaient leur main différemment. Les hymnes nationaux suisse et finlandais ont été joués à la trompette (mais pas chantés) et un corps de tambour a marqué les différentes étapes de la cérémonie. Il était frappant de sentir le poids et la force de tous ces rituels très codifiés, qui ont transmettent quelque chose qui nous enracine dans l’histoire et dans nos origines, tout en créant un sentiment de communion parmi l’assistance. 


Malgré tout son côté officiel et protocolaire, cette commémoration n’avait rien d’une routine qu’on exécuterait de façon blasée. Compte tenu du contexte actuel, avec l’UE qui tente de coincer la Suisse ou la Russie de Poutine qui ne cesse de souffler le chaud et le froid, mes deux pays ont de quoi être très conscients de leur fragilité et de la valeur inestimable de leur liberté et de leur indépendance. Pour une fois, les discours, les symboles, les fleurs, les roulements de tambour, les rangées de médailles sur les uniformes m’ont fait parvenir un message très fort. Ces hommes ne se tenaient pas au garde-à-vous pour la galerie, ce n’était pas du bla bla, du vent, de la figuration. Les discours nous ont rappelé que le rôle premier de l’armée était de préserver la paix et la liberté et je veux bien le croire. Cela semble aller de soi pour nous qui n’avons jamais connu la guerre, mais il ne faut jamais oublier que la paix n’est jamais acquise pour toujours. 


La Suisse est émaillée de monuments divers et variés, en souvenir d’une foule de personnages qui y ont passé un séjour ou laissé une trace. Cette cérémonie se déroule chaque année, depuis 60 ans. C’était la première fois que j’y assistais, peut-être pas la dernière. La Riviera vaudoise est magnifique, Montreux, le lac, les Alpes…. et pourquoi pas, une prochaine fois, j’irai boire un chocolat chaud à Glion en souvenir du Maréchal. Ou un schnaps !

A droite, Esa Pulkkinen, directeur général de l'état-major de l'UE
°) corps para-militaire féminin, qui soutenait les soldats par des fonctions traditionnellement féminines, comme cuisiner, soigner etc.  
*)galerie de photos sur leur site internet


Celui qui devait devenir l'homme-clé de l'indépendance finlandaise fut d'abord officier de cavalerie au service du Tsar Nicolas II à St-Pétersbourg. Après la Révolution de 1917 il sut agir pour transformer la modeste autonomie du Grand-Duché de Finlande en une pleine indépendance. Mais comme son principal appui lui était venu d'Allemagne, son pays se trouva en 1939 du mauvais côté de la barrière.

Quand les Russes attaquent, il organise avec génie la résistance en Carélie. L'invasion allemande mettra un terme à l'agression russe, mais entraînera fatalement dans le sillage de Hitler une Finlande qui le payera cher en 1944. Une fois encore Mannerheim, maréchal depuis 1941, se dévoue: il accepte la présidence du pays pour mener et mènera avec succès les difficiles discussions de l’armistice.

A l'âge de 79 ans, le maréchal Mannerheim décida de démissionner de la présidence de la république de Finlande. Après avoir été le héros de la guerre d'hiver contre les Russes et le père de l'indépendance finnoise, ce symbole de la liberté en Finlande décida de prendre une retraite bien méritée. Il chercha alors un lieu calme avec un climat chaud pour rédiger en toute tranquillité ses mémoires.

Il trouva le lieu idéal et naturel pour prendre sa retraite sur les bords du lac Léman, à Montreux. Dans une lettre à un ami, il écrivit: "C'est vrai qu'on emporte avec soi son fardeau de soucis et de chagrins qui vous minent, mais s'il y a au monde un endroit pour trouver l'oubli, le calme et le repos, c'est bien la Suisse" Le héros de la guerre d'hiver se reposa à Valmont, où il se faisait soigner. Mannerheim s'efforçait de se remémorer ses aventures, qu'il écrivait aussitôt dans ses mémoires.

Chaque jour, le maréchal faisait sa promenade sur les hauts de Montreux, en admirant le lac et les montagnes. Sa promenade le conduisait jusqu'à Glion, où il dégustait un chocolat chaud au tea-room Steffen. Cette confiserie existe toujours, et l'on peut encore, sur les pas du maréchal, gravir la route des hauts de Montreux et faire une pause dans ce tea-room. La propriétaire, celle-là même qui a accueilli maintes fois le maréchal, perpétue aujourd'hui encore la tradition et renseigne volontiers sur l'époque du maréchal.

Le maréchal s'éteignit à Lausanne, le 28 janvier 1951. Une statue fut érigée en son honneur sur les bords du Léman, à Montreux. On peut visiter aujourd'hui le monument à Mannerheim, situé dans le parc éponyme, au lieu dit Territet. La promenade enchanteresse qui longe le lac guide le promeneur vers une place dominée par ce monument majestueux. Aujourd'hui, de nombreux Finlandais et admirateurs du maréchal viennent se recueillir sur cette place qui lui est dédiée.





Le cocktail Mannerheim

Le maréchal Mannerheim avait demandé, lors de la célèbre guerre d'hiver, une nouvelle recette de schnaps à son lieutenant. Après une semaine d'essais, celui-ci inventa un cocktail à base de Schnaps, Gin et Vermouth. Le liquide est versé très froid dans un verre que l'on remplit à raz-bord. Il convient ensuite de boire sans laisser tomber la moindre goutte du précieux breuvage. La recette exacte est tenue secrète par le Mikkeli-Club, du nom de la ville fortifiée du maréchal. On trouve néanmoins en Suisse les principaux ingrédients qui font la légendaire saveur du cocktail Mannerheim.

vendredi 19 avril 2019

Tourisme au Qatar


Le Qatar n’est pas une destination touristique. On s’y rend généralement par obligation, soit pour travailler, soit pour poursuivre son voyage ailleurs, Oman, Afrique du Sud, Extrême-Orient….. Doha est devenu un immense hub aérien grâce à Qatar Airways, la compagnie nationale qui a été créée il y a environ un quart de siècle. C’est une formidable carte de visite pour ce petit pays, sorti des sables avec la découverte du pétrole vers les années 1940. Le Qatar n’est devenu indépendant qu’en 1971, c’était auparavant un protectorat britannique, ce qui explique sans doute la forme des prises électriques (anglaises !!!), comme dans de nombreuses anciennes colonies de sa gracieuse majesté.

Le vol avec Qatar Airways était très confortable, même en classe économique. Le personnel, très international, était aimable, efficace, serviable…. tout simplement parfait; les repas copieux, le choix de divertissements (films, musique etc) quasiment inépuisable et prévu pour tous les âges et tous les goûts. Les bagages sont arrivés rapidement, tant à l’aller qu’au retour, bref: Ten Points ! 

Alors qu’y a-t-il à voir et à faire à Doha?


L’image la plus emblématique est celle du quartier des gratte-ciels, qu’il vaut mieux admirer de loin, car se promener au pied des tours équivaut à se balader au bord d’une autoroute. Il n’y a aucune vie, aucune boutique, aucun bistrot, rien que des voitures qui passent inexorablement sur des voies à quatre pistes dans chaque sens. Il faut attendre environ 5 minutes pour que le feu passe au vert pour les piétons, puis se dépêcher de traverser, car les voitures sont pressées de reprendre leur course vers les parkings des centres commerciaux climatisés, avec patinoire intégrée. Certaines tours ont l’air d’être vides, mortes et inutilisées…..

Le parcours type du touriste à Doha comportera les étapes suivantes:

A côté du souk Waqif
Le souk Waqif, qui est un souk traditionnel, entièrement reconstruit et reconstitué. Il est un peu trop propre en ordre pour ressembler aux « vrais » souks de Marrakech ou du Caire, mais il est néanmoins authentique en cela qu’on y vend de vraies marchandises de tous les jours - riz, café, épices, casseroles et théières ou encore chats, chiens, tourterelles et faucons - pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas (encore) assez de touristes pour faire tourner des boutiques de t-shirts et de cartes postales. On y trouve plusieurs Boutique Hotels, ainsi que des bistrots qui plaisent aux voyageurs occidentaux à la recherche d’ambiances orientales. Le lieu est fréquenté par la population locale, ce qui est appréciable.


Le Musée des arts islamiques dessiné et conçu par l’architecte américain Ieoh Ming Peï, celui de la pyramide du Louvre. C’est un bâtiment épuré, qui respire le calme et la sérénité, aussi dans son lobby et ses trois étages. Les objets sont très bien exposés, éclairés et mis en valeur. On y trouve surtout des pièces provenant de Turquie, d’Iran, d’Inde ou encore d’Egypte. Le rez-de-chaussée présente des expositions temporaires, en avril 2019, c’était la Syrie et les ruines de Palmyre. Nulle mention, évidemment, des destructions ni de qui les a causées.


Le Musée national du Qatar, a été dessiné et conçu par l’architecte français Jean Nouvel. Le bâtiment rappelle par son aspect une rose des sables, cela semble d’ailleurs être devenu le petit nom de cet édifice. Le musée venait d’être inauguré quand je l’ai visité, il n’était ouvert que depuis une quinzaine de jours. Les lieux sont grandioses et magnifiques, la muséographie très impressionnante : des projections sur les murs et un voyage dans le temps, qui commence par des squelettes et des fossiles, pour aboutir à la naissance d’une nation, en 1971, en passant par la découverte du pétrole, qui a détrôné la pêche aux perles, et l’émergence des technologies modernes. Parmi les objets exposés, j’ai été amusée et intriguée par une bouteille de Sinalco !

Un article paru dans le Point ICI 

Villagio Mall
Parmi les bizarreries du Qatar, leur goût immodéré pour tout ce qui est occidental se cristallise dans de nombreuses galeries marchandes, dont la plus dingue est, sans conteste, le Villagio Mall      
Galerie photos ICI 
Peut-être encore plus zinzin: Place Vendôme  

Sinon, il y aurait aussi le nouveau quartier The Pearl, bâti sur l’eau, ainsi que le parc Aspire, proche du stade de football Khalifa, lui aussi réalisé par un architecte français, mais je ne les ai pas vus. 

Il y aurait certainement des randonnées à faire dans le désert, à dos de chameau ou en 4x4, mais je n’ai pas étudié la question, n’ayant pas prévu de rester plus longtemps que nécessaire.

Avec le karak, une boisson faite de thé au lait avec des épices (cardamome et/ou safran), je croyais avoir trouvé quelque chose de typiquement qatari, une spécialité locale. Que nenni, ce n’est que du masala chaï, une boisson indo-pakistanaise importée par les premiers travailleurs immigrés qui sont arrivés lors des débuts de l’exploration pétrolière. C’est très bon, chaud et épicé, mais doux et apaisant à la fois.

C’est en faisant des emplettes à l’aéroport qu’on se désespère une dernière fois de ne rien trouver qui soit local ou authentique. Au-delà des inévitables parfums et cosmétiques français ou américains, des marques de fringues qu’on trouve dans tous les aéroports du monde, j’ai évité la confiture de chez Harrods, l’électronique coréenne, le whisky irlandais ou écossais ou encore les magazines et gadgets-souvenir de chez WH Smith. Les quelques achats orientaux que j’ai rapportés étaient des loukoums made in Turkey, des pâtisseries orientales made in Lebanon, du thé à la cardamome (pour faire du karak) venant d’Inde, des cacahuètes halal (comment des cacahuètes peuvent-elles être halal? A quoi ressembleraient des cacahuètes haram ??) venant de Singapour, du chocolat à base de fèves de cacao du Ghana, fabrique en Nouvelle-Zélande, importé par le Qatar, puis transporté par la voyageuse que je suis à Genève. J’aurais certes aussi pu rapporter du Toblerone ou du chocolat Lindt….

A noter qu’au passage de la sécurité, à l’aéroport de Doha, les liquides ne posaient aucun problème ! Ça ne les intéressait absolument pas. Etrange, non?





dimanche 14 avril 2019

Enigmatique Qatar


Ce texte repose sur mes observations subjectives et mes déductions personnelle à l’occasion d’un séjour d’une petite semaine à Doha, au Qatar en avril 2019. Il ne prétend pas présenter des informations vérifiées ou certifiées.

* * * * *

Je ne savais pas à quoi m’attendre en allant à Doha. Le Qatar a plutôt mauvaise presse, non seulement à cause des conditions de travail proches de l’esclavage sur les chantiers de la Coupe du monde de football, prévue en 2022, mais aussi à cause des soupçons de collusion avec l’islamisme et le terrorisme. Un ouvrage paru récemment1) a dévoilé l’immense générosité de ce petit pays envers des gens comme Tariq Ramadan. C’est pourquoi je m’attendais à me retrouver dans une ambiance de banlieue française, avec voile obligatoire pour les femmes et des barbus à tous les coins de rue.

Mais voilà que j’ai été agréablement surprise. Tout est très calme, on sent que tout est très policé - mais en douceur. L’immense avantage est qu’on se sent parfaitement en sécurité car personne n’ose faire le moindre pas de travers. L’expulsion du pays ne se ferait pas attendre, comme nous l’a dit un chauffeur de taxi. Les rues de Doha sont bien plus sûres que celles de Genève, où pas une semaine ne passe sans que quelqu’un se fasse agresser, frapper et dévaliser par une bande de jeunes.


On n’a pas vraiment l’impression d’être dans un pays arabe. La population est extrêmement cosmopolite, à tel point que les étrangers représentent 90% de la population2). Ces gens ont tous migré vers le Qatar pour travailler et ils viennent du sous-continent indien, du Kazakhstan, des Philippines, de Malaisie, du Ghana, d’Ukraine..... Ils gagnent leur vie sur les chantiers, ils sont chauffeurs de taxi, serveurs, réceptionnistes, personnel de cabine etc. Dans le lobby de l’hôtel, une pianiste, probablement russe, jouait du piano d’ambiance que personne n’écoutait vraiment; elle accompagnait parfois une violoniste. Alors, quitter le Donbass pour jouer les décorations dans un hôtel à Doha.... ma foi, il n’y a pas de sot métier. La population autochtone, quant à  elle, se contente d’être assise dans des fauteuils à regarder son smartphone. Les femmes tout en noir boivent des cafés ou se promènent avec leur enfants, pris en charge par une  nounou asiatique ou africaine.

C’est alors qu’on observera que les nounous ont les cheveux couverts, mais pas de la même façon. Elles portent une pashmina de couleur ou l’espèce de calotte malaisienne particulièrement disgracieuse. L’abaya est un marqueur de classe et il serait sans doute très mal vu pour une femme n’appartenant pas à la caste autochtone de porter cette tenue. Elles sont très fières, parfaitement conscientes de leur statut de princesses, elles marchent le tête haute, bien que dissimulée à des degrés divers sous un voile noir, noir et noir allant jusqu’au sol, c’est véritablement un uniforme. Elles ont parfois quelques broderies ou une ligne argentée en guise de fantaisie. C’est pourquoi elles ont toutes des sacs à main griffés Dior ou MK, selon la fortune de leur mari, c’est la seule possibilité qu’elles ont de manifester leur personnalité et leur individualité. On les voit boire des cafés entre copines ou promener leurs enfants, accompagnées de la nounou. Il ne leur viendrait pas à l’idée de vouloir travailler ou de siéger dans un conseil municipal.

De même, les hommes en blanc ne travaillent pas non plus, ils se contentent d’être riches et beaux. On dirait d’ailleurs que si le pays tourne, c’est exclusivement grâce à toute cette population de fourmis industrieuses qui travaillent sans relâche, à des conditions loin d’être idéales. Un chauffeur de taxi m’a dit qu’ils partageaient une chambre à six et qu’il leur était interdit de faire leur propre cuisine. Ils avaient essayé de faire du riz avec des tomates, en cachette, ils se sont fait pincer et la sanction était sévère. Il m’a dit gagner 1200 riyals par mois (300€), il en envoie certainement une partie au pays. Alors quand on voit des Manolo Blahniks dans une galerie marchande imitant Venise et ses gondoles, on se dit qu’il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond.....

Villagio Mall
Les tâches nécessitant une formation supérieure, architecture, direction d’entreprises ou de musées, sont le domaine d’occidentaux. Les marques et les magasins dans les galeries marchandes sont occidentaux également : Carrefour et Monoprix, Victoria’s Secret, Body Shop, Häagen Dazs, KFC, Starbucks, Cartier, Marks & Spencer ...... Même l’eau minérale est de l’Evian, de la Badoit ou de la San Pellegrino. Les étrangers qui sont là pour travailler sont habillés à l’occidentale, les femmes sont tête nue et c’est parfaitement normal. Chacun a l’habillement qui correspond à son rang social et à sa fonction, chacun à sa place et tout ira bien. Les différents groupes ne semblent pas se mélanger. Un de mes chauffeurs de taxi m’a dit être chrétien, ils sont nombreux à l’être; ils peuvent se réunir pour pratiquer leur foi et personne ne les embête. Autrement dit, le Qatar est plus cool et tolérant que ses voisins et que certains intégristes européens.

Villagio Mall
Ces travailleurs étrangers ne parlent pas l’arabe. Les Qataris doivent alors parler anglais à leur personnel, aux serveurs, à leurs chauffeurs etc. Ce qui fait aussi de l’arabe une langue de caste.
Quid des nounous asiatiques? Parlent-elles malaisien, thaï ou philippin aux enfants? Anglais ? Il sera intéressant de voir comment cette société évoluera, compte tenu également de la fin annoncée du pétrole. Il y a quelque chose de foncièrement artificiel et de déséquilibré au Qatar: le pays est aux mains d’une oligarchie (10%) richissime et inculte, sans aucune formation, entièrement dépendante de l’Occident - et de l’Inde, il semblerait que les Indiens soient très présents dans le monde des affaires et de la gestion d’entreprises -, que ce soit pour les marchandises, la technique ou la connaissance et les compétences professionnelles. De prime abord, il n’y avait pas un seul arabe sur le vol Qatar Airways, ni à l’aller ni au retour - ils voyagent sans doute en jet privé. Le personnel de cabine est indien, asiatique, les pilotes ne sont certainement pas qataris. Les annonces étaient faites en anglais, pas en arabe, sauf par écrit sur les écrans. Doha servant de hub pour des destinations lointaines, les passagers continuent vers l’Asie ou l’Afrique. A part Dubaï, la seule véritable destination touristique dans la région est Oman.

Autre bizarrerie socio-démographique: la plupart des travailleurs sont probablement logés et transportés par leur employeur, un peu comme les saisonniers autrefois en Suisse, car il n’y a pour ainsi dire pas de transports publics. J’imagine alors que les seuls habitants du pays qui peuvent avoir une famille et des enfants sont la classe régnante; les autres, les masses laborieuses, restent célibataires et abstinents, étant donné que les rapports hors mariage sont strictement interdits et lourdement punis par la charia. Je vois mal les travailleurs immigrés déposant leur enfant dans une crèche. Il y a 3 hommes pour 1 femme (Wikipedia) et tout ce petit monde doit sans doute rester strictement chaste, en partageant des chambres à plusieurs.

A noter aussi que je n’ai jamais entendu le chant du muezzin et je n’ai jamais vu qui que ce soit prier. Il y a des salles de prière un peu partout, à l’hôtel, dans les musées ou les centres commerciaux, séparées pour les hommes et les femmes, mais la pratique de l’islam est extrêmement discrète. 

Au cours de la semaine, j’ai surtout mangé libanais, qui semble être la cuisine universelle de toute la région. Cela a aussi été l’occasion de faire une semaine sans alcool..... et de constater que je dors nettement mieux. Il faudra poursuivre l’expérience ! Cela dit, il est parfaitement possible de boire du vin ou de la bière sans risquer le fouet sur la place publique, contrairement à l’Arabie Séoudite, où il est même interdit d’en consommer chez soi derrière des portes fermées.

Il est difficile de lire dans le jeu du Qatar. Ils sont connus pour être des tenants d’un islam pur et dur, qui en promeuvent la progression en Europe et ailleurs dans le monde, y compris de façon violente. Mais chez eux, on se trouve dans une sorte de Disneyland avec tour de Babel, où toutes les nations du monde cohabitent harmonieusement. Combien de temps cela va-t-il durer avant qu’il n’y ait un coup d’Etat ou un soulèvement de type Gilets Jaunes, qui serait évidemment réprimé dans un bain de sang? Combien de temps avant que le blocus des pays voisins ne les mette à genoux ? La Coupe du Monde de football (2022) va être leur heure de gloire, mais les gratte-ciels qui ont poussé comme des champignons risquent fort de dégringoler aussi rapidement qu’ils sont apparus.

Il y a un siècle encore, le Qatar était un pays de bédouins et de pêcheurs de perles. Ils sont devenus indépendants en 1971. Tout est allé terriblement vite, trop vite sans doute. Quoi qu’il en soit, j’ai passé une excellente semaine dans un lieu vraiment assez particulier. Je suis curieuse de suivre ce que l’avenir réserve à cette région du monde. 



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  1. Qatar Papers, comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe , de Christian Chesnot et Georges Malbrunot
  2. Source: Le Petit Futé, guide de voyage sur le Qatar, édition 2019-2020
Le Qatar renonce à financer un centre culturel islamique à La Chaux-de-Fonds ICI


A noter que le Qatar tolère les autres religions:

  • Il permet aussi aux non-musulmans de consommer de l’alcool.
  • 65% de la population travaille dans la construction; dans la population le ratio hommes/femmes est de 3 hommes pour 1 femme.
  • L’anglais est devenu la langue véhiculaire, du fait de l’immense variété de la population. 
  • Le taux de chômage du Qatar est presque nul puisqu'il avoisine les 0,1 % en 2017. En 2015, les Qataris occupent moins de 2 % de l'ensemble des emplois.
  • Le Qatar demeure une société patriarcale où l'homme décide de tout. Ainsi, dans certaines familles, les femmes ne sont pas encore autorisées à sortir seules. Les mariages restent souvent arrangés. 
  • L'armée comporte une bonne proportion de mercenaires, essentiellement turcs et pakistanais. 
Doha en 2001
Voir aussi: Tourisme au Qatar