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lundi 9 août 2010

Un voyage dans les Iles (1) - Guernesey

Un projet que je mûrissais depuis quelques années a enfin pris forme : la découverte d’un monde inconnu, pourtant tout près de nous, les îles Anglo-normandes. Un article sur une petite île hors du temps, Sark (Sercq en patois local) avait excité ma curiosité. Guernesey, Sark, Herm, Aurigny (Alderney en anglais) et Jersey forment des baillages qui dépendent de la Reine d’Angleterre (Crown Dependencies) sans toutefois faire partie du Royaume-Uni ni – heaven forbid ! – de l’Union européenne ; d’où leur statut fiscal particulier, qui en font un havre très accueillant pour toutes les grandes fortunes de ce monde et pour les fonds de placement offshore. A Guernesey, on n’a toutefois pas du tout l’impression de nager parmi les requins de la finance. L’ambiance est plutôt celle d’une petite ville portuaire, quelque part à mi-chemin entre la Bretagne et les Iles Canaries. Les cactus et les palmiers prospèrent, les mouettes rient et il y souffle le bon air marin. C’est très propre et on se sent totalement en sécurité. Les voleurs et les brigands sont sans doute naturellement freinés par le fait qu’on ne quitte pas si facilement une île.


Guernesey et Jersey ont chacune leurs propres billets, même si leur devise est alignée sur la livre sterling. On trouve des billets d’une livre, alors qu’en Angleterre, ce sont des pièces. On peut évidemment payer en GBP, mais aussi en livres écossaises et sans doute aussi en livres d’Irlande du Nord. J’ai bien remarqué quelques discrètes enseignes de banques ou de sociétés financières, mais je n’ai pas vu un seul homme en costume trois pièces. Sans doute est-ce dû à la saison. On voit bien plus de polos Carlsberg et de bermudas que d’attaché-case. Les touristes sont essentiellement anglais et français. Ce sont apparemment les seuls qui connaissent l’existence de cet endroit. Il n’y a évidemment ni roms ni joueurs de bonneteau, car ils auraient besoin d’un visa pour pénétrer dans ce petit paradis.


Bien qu’il ne fasse pas très chaud (20-22° au mois d’août), une végétation tropicale pousse partout : des aloés géants, des palmiers, des chardons, des plantes grasses et des fleurs de toutes les couleurs. Beaucoup d’hortensias aussi, ce qui nous rappelle qu’il doit tout de même beaucoup pleuvoir. Nous sommes, après tout, en plein milieu de la Manche et tout près de l’Océan atlantique. Les parapluies de Cherbourg ne sont pas bien loin… ! Les paysages et la végétation ne sont pas sans rappeler le pays basque : des plages de sable, des pins parasols et les nuages qui vous font constamment ôter et remettre votre pull. Ce qui est cocasse, ce sont les cottages très anglais, avec des plantes tropicales et des palmiers dans leur jardinet. Ils portent souvent des noms français, probablement choisis au hasard du dictionnaire : Enfin, Désormais, Le Petit Robinet (avec l’illustration d’un rouge-gorge, robin en anglais). On trouve beaucoup d’inscriptions en français, ce que j’ai de la peine à comprendre, étant donné que ces îles sont devenues anglaises en 1066. Sans doute une importante colonie française a-t-elle toujours vécu ici.


Autour de Guernesey, trois petites îles méritent une excursion : Sark, Herm et Aurigny. Elles se vantent toutes trois d’être des lieux de calme, éloignés de toute l’excitation moderne, ce qui est certainement le cas. Malheureusement, si les voitures sont interdites, les tracteurs ne le sont pas et, sur Sark, ils sont un peu trop nombreux. Mais voilà : il faut bien transporter les valises des touristes ! Il y a encore deux autres petites îles, privées, celles-là : Jethou et Brecqhou (que les Anglais prononcent bracko). J’ai vu Brecqhou de l’avion et ce serait un décor idéal pour un film de James Bond : une immense bâtisse de type faux château, flanquée d’un héliport. Et gare à quiconque oserait s’approcher !

Guernesey porte encore de nombreuses traces de l’occupation allemande. Les côtes sont parsemées de blockhaus et Castle Cornet, une forteresse médiévale à Saint-Peter’s Port, a été arrangée pour satisfaire les besoins de l’occupant nazi. Cette période est décrite de façon tout à fait charmante dans le roman de Mary Ann Shaffer, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society.




L’Hôtel Captain Cook est une excellente adresse pour quiconque cherche une ambiance de pension de famille, pas guindée, sans businessmen. Le soir, les clients se retrouvent au bar, soit pour recevoir la WiFi, soit pour taper le carton avec le patron. L’hôtel est situé à un jet de pierre de la maison de Victor Hugo (Hauteville House), qui a passé 16 ans d’exil à Guernesey. Ce cher Victor devra toutefois encore attendre ma visite, car le musée n’accueille que 15 personnes à la fois et qu’on se bouscule au portillon.

Autrement dit : Next Year in Guernsey !

Voir aussi: Jersey
http://www.captaincookhotel.co.uk/
http://www.visitguernsey.co.uk/
http://www.hautevillehouse.com

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