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dimanche 22 décembre 2013

Le front de libération du mois de décembre



"Tu fais quoi à Noël? Tu rentres en Finlande?"
Qui ose répondre: Rien! à la première question? Et combien de fois dois-je expliquer que si je rentre quelque part, c’est à Genève?

Joulupukki

Bien des tabous sont tombés et bien des traditions sont mortes depuis les lointaines années de mon enfance, mais Noël semble être absolument inébranlable et indéracinable. Au contraire, non content d’obliger le monde chrétien à célébrer la naissance du petit Jésus, on est en train d’exporter cette fête païenne et mercantile aux quatre coins du monde. C’est ainsi que la Finlande veut faire du Père Noël une marque déposée et s’en arroger l’exclusivité, afin d’en faire un produit commercialisable toute l’année et sur toute la planète. Le Joulupukki finlandais est svelte et ne dit pas Ho-Ho-Ho! comme son homologue américain. Il défend des valeurs telles que la générosité et la solidarité et il va rendre visite aux enfants malades de Fukushima. Difficile toutefois d’enregistrer ce bonhomme barbu comme marque déposée, étant donné qu’il est devenu un concept universel. Difficile aussi, en ces temps de paranoïa pédophile, de défendre un monsieur qui prend les petits enfants sur ses genoux pour leur donner des cadeaux et des bonbons. Comment apprendre aux petits à faire la différence et à ne pas croire à n’importe quel Père Noël?


Alors comment échapper à Noël? Aller en vacances en Israël ou dans des pays musulmans? Dans le monde occidental, c’est tout simplement impossible. Même les détenus ne peuvent y échapper, coincés qu’ils sont dans leurs cellules, puisqu’on leur sert un menu de Noël, que cela fasse partie de leur culture ou pas. En Finlande, on leur servira sans doute du jambon à l’os, de gré ou de force, puisque c’est le repas traditionnel. Cela fait plusieurs années que je n’en n’ai plus mangé, étant donné que ce plat me sort littéralement par les oreilles, ce qui n’est pas commode pour la digestion, vous en conviendrez. Un tuyau: grâce à IKEA, on trouve du Julskinka dans le monde entier, mais uniquement en fin d'année.


Dans le roman About a Boy de Nick Hornby, le personnage principal vit dans l’oisiveté depuis et pour toujours, grâce aux royalties d’une chanson de Noël inoxydable, composée par son père. Lui aussi déteste cette période de Fêtes, même si c’est ce qui le fait vivre confortablement, car les mélodies douceâtres - plus particulièrement celle de son père - lui donnent la nausée. Certaines localités (Divonne-les-Bains ou La Valette par exemple) vous obligent à écouter en boucle des White Christmas et des Jingle Bells auxquels vous ne pourrez échapper qu’en vous enfermant chez vous - et encore: priez pour qu’un haut-parleur n’ait pas été placé juste sous vos fenêtres!


Les fêtes sont une période à déprime pour beaucoup de gens. Tous ceux qui sont seuls et à qui tout le monde dit: "Oh! ma/mon pauvre! Tu es tout(e) seul(e) pour Noël, ça doit être terrible!" Des repas caritatifs sont organisés en cette occasion, où tous ceux qui sont seuls peuvent se réunir pour déprimer tous ensemble. Le reste de l’année, ils n’ont qu’à avoir faim et broyer du noir tout seuls chez eux, ce qui est peut-être légèrement moins bluesy. Ayant fait une fois un séjour de ski au Club Med la semaine de Noël, j’ai pu constater que l’hôtel était rempli de gens qui détestaient Les Fêtes, parce que depuis que leurs parents sont morts, ces jours les remplissent de tristesse, par exemple. Nous avons, malgré tout, eu un repas spécial le 25 décembre (servi à table au lieu du buffet habituel), il y avait une crèche sans le petit Jésus pour les enfants et une descente aux flambeaux, avec des personnages habillés de rouge, mais sans aucune connotation religieuse, pour ne froisser aucun client. Mais Noël était bien là, pas possible d’y échapper.


Certains préféreraient passer Noël peinards chez eux, puisque les repas de famille sont l'occasion de nombreuses tensions et disputes. C'est l'occasion où tout le monde fait le poing dans sa poche et fait de son mieux pour que la fête soit belle. Il faut aller réveillonner chez les deux beaux-parents pour que personne ne soit fâché, faire des cadeaux à tous les frères et soeurs, beaux-frères et belles-soeurs, à mamy, à papounet, aux quinze cousins et neveux...

D'où la consommation effrénée, les magasins bondés, les journaux et les magazines qui ne parlent plus que d’idées de cadeaux et les gens qui stressent parce qu’ils n’ont pas encore acheté tout ce qu’il leur faut. Faut-il offrir quelque chose à son patron et, si oui, de quelle valeur? Trop cheap, ça fait cheap et trop cher, ça fait fayot. La frénésie de l’après-Noël, où il faut aller échanger le pull trop petit ou le roman qu’on a déjà ou alors carrément les revendre sur eBay ou Ricardo. Pourquoi est-on obligé de trop manger et pourquoi est- il impossible de trouver un restaurant qui serve une carte normale? Manger des spaghettis carbonara à Noël: l’acte anarchiste extrême!


Le mois de décembre se termine en beauté sur le réveillon du 31 décembre, autre obligation incontournable, à laquelle on ne peut pas échapper, même en partant à l’autre bout du monde. Comment fuir les cotillons et les feux d’artifice? Comment échapper aux huîtres et aux repas pantagruéliques? Comment éviter d’ajouter des kilos à ceux qu’on a déjà en trop - et qu’on ne peut pas revendre sur internet? Ce jour-là aussi, des milliers et des millions de personnes se morfondent de ne pas savoir que faire ni où aller. Une solution sympa est de faire bénévole à l’occasion de l’Opération Nez Rouge  : vous serez parmi des gens qui, comme vous, détestent le Nouvel An et qui veulent passer le cap autrement. On vous servira quand même du Rimuss et tout le monde se fera la bise à minuit, sauf les veinards qui sont déjà partis en mission.
Champagne halal


A partir du lendemain, tout commence à aller mieux. Les journées sont déjà plus longues et on entame quelque chose de nouveau. Il faudra tout de même souhaiter la Bonne Année à tous les gens qu’on croise. C’est évidemment fort sympathique et cela permet d’avoir des contacts avec tous ceux avec qui on ne bavarde pas forcément le reste de l’année.



Alors à vous tous, chers lecteurs et lectrices fidèles, je vous souhaite un très joyeux Noël, entourés de tous ceux qui vous sont chers, et je vous présente tous mes meilleurs voeux pour que 2014 soit une année remplie de joie, de prospérité, d’amour et de bonne santé! 


Le Père Noël est-il blanc? A lire ICI



2 commentaires:

Veikko Pohjola a dit…

Je te souhaite de bonne continuation.

Anonyme a dit…

Ce qui est peut-être le plus pénible avec Noël, c'est ce paradoxe : c'est censé être une fête religieuse, mais dans les faits, c'est devenu la grande messe de l'excès de consommation.

Au lieu du recueillement religieux ritualisé, on assiste à une sorte de frénésie, aux codes contraignants. J'ai pu observer cette mutation de mon vivant.

Comment en est-on arrivé là ? Certainement par la perte de sens qui découle de la perte de la religiosité.

Le conformisme de la fête de famille, des repas-fleuve, des montagnes de cadeaux péniblement glanés sont les composantes d'un rituel social qui remplace le rituel religieux. Si on ne peut rien décider pour les autres, que faire à son niveau personnel ?

Dans la petite vingtaine, j'avais décidé de bouder Noël, j'ai refusé de jouer le jeu, une ou deux fois. Je ne suis pas allée chez mes parents, je n'ai pas fait de cadeaux. C'était difficile, il fallait beaucoup se justifier. Heureusement, la distance géographique permettait cet acte de bravoure !

Sans verser dans une attitude de misanthrope, on pourrait se demander : Qu'est-ce que j'aime dans Noël ? Qu'est-ce que je n'aime pas ? Que suis-je d'accord de faire pour être agréable aux gens de mon entourage ?

Ceux qui nous demandent des efforts sont les enfants et les personnes âgées. Il me semble que ce sont eux qui "auraient droit" à des cadeaux ou à des festivités codifiées. Que faire ?

Réduire la voilure ne devrait pas être impossible, sauter son tour également.

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