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samedi 28 septembre 2013

Vivre dans un labyrinthe


Rue du Village-Suisse
Les autorités de la bonne ville de Genève font de leur mieux pour organiser la vie urbaine de telle sorte qu’il devienne le plus compliqué possible de se rendre d’un point A à un point B. Le réseau des bus et des trams a été remanié – suscitant l’ire et la révolte de la population tout entière – les distributeurs de billets qui ne rendaient pas la monnaie ont été remplacés par des distributeurs qui ne prennent pas les billets de banque et qui mettent environ trois minutes entières à vous donner votre titre de transport, mais uniquement lorsqu’ils ne sont pas en panne. Les trottoirs ont été élargis et les pistes cyclables ont deux voies, une dans chaque sens, afin de rétrécir au maximum l’espace disponible pour la circulation automobile. On obtient ainsi de jolis bouchons, qui deviennent encore plus beaux pour peu qu’il y ait un accident ou une panne quelque part en ville. La solution : n’avoir besoin d’aller nulle part ou seulement tout près et circuler à pied ou à vélo.


Rue du Village-Suisse


Mon quartier a été entièrement reorganisé de sorte à transformer les grands axes en culs-de-sac, en double sens unique voire en double sens interdit. Vous n’avez jamais qu’une seule option aux carrefours : soit tourner à droite, soit tourner à gauche, soit aller tout droit. La rue de la Puiserande est dotée d’un feu rouge qui ne devient jamais vert (c’est fait exprès) : lorsqu’il n’est pas rouge, il clignote et vous pouvez attendre environ une demi-journée avant de parvenir à sortir de là. Entre la moitié et un tiers des places de stationnement ont été supprimées, afin de favoriser les contacts et la convivialité dans le quartier, enfin débarrassé des voitures. En effet, il suffit de supprimer les places de stationnement pour que les automobilistes cessent de tourner en rond pendant des heures à la recherche d’une place de parking. Les habitants, qui paient leur macaron 180,-/an (bientôt 200,-) n'ont qu'à aller dans les parkings payants.
Double sens interdit à la rue du Vélodrome
C’est pourquoi mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j’ai constaté, à mon grand désarroi, qu’un segment de rue, occupé pendant environ deux ans par des pavillons scolaires temporaires, n’allait plus jamais redevenir un axe de circulation. Au lieu de revenir au statu quo ante, le parc Gourgas va y être étendu, supprimant ainsi définitivement une vingtaine de places de stationnement et obligeant tout le monde à se rabattre sur l'avenue Sainte-Clotilde, qui reçoit déjà toute la circulation qui ne peut plus aller ailleurs. Ayant contacté les services de la ville, j’ai reçu une réponse environ deux semaines plus tard, mon courriel ayant fait tout un parcours d’un service à l’autre, d’un bureau à l’autre, un peu comme les automobilistes qui cherchent une issue qui leur permette d’aller quelque part.

Espace de rencontre à la rue Gourgas

On m’informe ainsi que "l'autorisation de fermeture de ladite rue en zone piétonne a été accordée par le Département de l'urbanisme en ce début d'année (APA n° 35434) et que cette demande et son acceptation ont fait l'objet de publications officielles. La réalisation de ces travaux se fera conjointement aux rénovations de réseaux en sous-sol prévus dans le quartier dès 2014." Autrement dit, après les pavillons temporaires, nous aurons un chantier pendant un an ou deux, après quoi la rue deviendra définitivement et irrévocablement une extension du parc. Un argument avancé pour la fermeture et suppression de ce tronçon d’une trentaine de mètre est que cela permet d’améliorer la sécurité des chers bambins qui fréquentent l’école attenante au parc. Peu importe que ces enfants doivent forcément fouler les trottoirs urbains pour se rendre à l’école ou à leur cantine à midi, leur sacro-sainte sécurité prime sur le droit d’avancer avec un véhicule.


Suppression utile d'une douzaine de places de stationnement
Pour l’instant, l’espace libéré par les pavillons est désespérément inerte et dépourvu de vie, tout comme un autre bout de rue, adjacent au même parc, qui a été fermé à la circulation afin de créer un espace de rencontre. Il a été condamné à la circulation à l’essai, mais tout indique que ces quelques mètres vont rester désertiques ad vitam eternam, même si aucune rencontre n’y aura jamais lieu.



Bon nombre de rues sont ainsi devenues très calmes, désertes, mortes et vides. Soit parce qu’elles sont inaccessibles ou parce que le gens évitent tout bonnement le quartier, sachant qu’il est devenu un véritable gymkhana (définition: une épreuve réservée à des automobiles ou des motocyclettes, qui se déroule sur un parcours hérissé d'obstacles et de difficultés diverses). Faut-il s’en plaindre ? Sans doute que non. Face à l’adversité, enfourchons notre vélo, même si cela signifie se faire détester de tous : les automobilistes immobilisés haïssent ces créatures ailées qui les dépassent avec autant d’aisance que d’arrogance. La solution idéale ne serait-elle pas de fermer toutes les rues: plus de bouchons, plus de voitures et plus besoin de chercher de places de stationnement. Les enfants pourront aller à l'école en toute sécurité et la ville deviendra un seul et immense espace de convivialité. En un mot: le paradis!

Pendant les travaux, en 2011

 

Pour info: un nouvel espace convivial et arboré sera aménagé sur l'ilôt Sainte-Clotilde, voir ICI. Un nouveau chantier avec rues coupées en perspective. Ce "lieu de détente, de passage et de convivialité pourra être investi de manière quotidienne ou occassionnelle". Fin des travaux prévue pour 2016. 
 

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