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lundi 2 août 2021

Suisse-Luxembourg : match nul !


Le Luxembourg est une sorte de frère jumeau de la Suisse : ce sont deux petits pays sans ressources naturelles, mais qui sont bien plus prospères que tous les pays qui les entourent, grâce à une économie qui repose essentiellement sur le secteur tertiaire, plus précisément bancaire. Certains hôteliers luxembourgeois étaient très inquiets lorsque l’UE a introduit l’échange automatique des données, car ils voyaient s’écrouler tout leur secteur financer et, partant, toute leur clientèle. En effet, le secteur hôtelier du Grand-Duché dépend lourdement des hommes d’affaires et des institutions européennes. Néanmoins, tout comme la Suisse, le Luxembourg est insubmersible et reste d’une insolente prospérité. Le Luxembourg compte actuellement 43.000 millionnaires1), pas mal, pour un pays de 635.000 habitants. Lorsque le Conseil fédéral a mis un terme aux discussions autour de l’accord institutionnel avec l’UE, d’aucuns ont fait remarquer que le Luxembourg, membre de l’UE, ne semblait pas souffrir plus que ça des règles et des législations européennes.



Les deux pays sont multilingues, avec un dialecte germanophone parlé par la majorité de la population autochtone : le
schwytzertütsch pour les uns, le luxembourgeois pour les autres. Ces deux dialectes restent relativement hermétiques même pour quiconque maîtrise le Hochdeutsch. Les deux pays ont tous deux connu une forte immigration italienne dans les années -50-60 et cette population s’est totalement intégrée et fondue dans le paysage. Tous les jours, de nombreux frontaliers traversent les frontières des deux pays pour venir travailler et les Portugais sont représentés en grand nombre. Le niveau de vie est très élevé, les prix de l’immobilier n’ont rien à envier à ceux des grandes villes de Suisse, mais il suffit d’aller s’établir de l’autre côté de la frontière pour se loger moins cher. Toutefois, le Luxembourg a les moyens d’offrir les transports publics, qui sont gratuits partout pour tout le monde, même les trajets en train, dans tout le Grand-Duché. Il est vrai qu’ils n’ont pas de montagnes, donc pas de tunnels à creuser, pas de réseau à entretenir face à la glace et à la neige et le pays est très petit - par conséquent, les distances sont courtes ! Ils ont dû estimer que les économies faites sur les automates et leur entretien, les billets, les calculs mathématiques pour les différents tarifs et abonnements, ainsi que les salaires des contrôleurs et les frais administratifs pour les amendes en valaient la peine. A méditer…. surtout si on veut encourager les gens à renoncer à la voiture. 



A Genève, nous avons de nombreux expats qui travaillent pour de grandes sociétés multinationales ou pour les organisations internationales. Au Luxembourg, ils ont les fonctionnaires européens, ainsi que tous les stagiaires et autres personnels qui gravitent autour de ces institutions. Ces univers cosmopolites ne se mêlent que très peu à la population locale, d’autant plus qu’au Luxembourg, les enfants peuvent aller à l’école européenne, chacun dans sa langue, et vivre ainsi dans une bulle parfaitement isolée du pays hôte. De leur côté, les Luxembourgeois aiment aussi rester entre eux et la maîtrise du luxembourgeois joue assez efficacement le rôle de shibboleth2), c’est-à-dire de filtre qui exclut ceux qui n’appartiennent pas au clan. 


La ville de Luxembourg comporte trois zones, très différentes les unes des autres. Tout d’abord le Kirchberg, qui regroupe les institutions européennes et les sociétés de type bancaire, consulting et consorts, et qui est un univers froid de buildings en verre et en acier. Ensuite, il y a le vieux centre, son quadrillage de rues avec des boutiques chic, ainsi qu’un dédale de ruelles animées d’innombrables bars et restaurants, ainsi que la pittoresque basse ville, Grund. Enfin, le quartier de la gare, qui est … un quartier de gare, en voie de gentrification, surtout depuis qu’il est desservi par un magnifique tram (gratuit ! et qui passe toutes les 4 minutes !). Comme Genève, qui a créé un concept d’agglomération franco-valdo-genevoise, autrement dit « le Grand Genève », le Luxembourg a sa « Grande Région », qui englobe la Sarre, la Rhénanie-Palatinat, la Wallonie belge, la Lorraine ainsi que le Grand-Duché de Luxembourg, dans un esprit de coopération politique et économique. 



Nos deux pays sont situés au cœur du continent européen, mais ils sont si petits et discrets qu’on les oublierait presque (sauf lors de huitièmes de finale à l’Euro de football - mais ceci est une autre histoire). La Suisse est réputée pour ses montres, son chocolat et Roger Federer, le Luxembourg… hm… est connu pour nous avoir donné Jean-Claude Junker et Stéphane Bern. Les touristes venus d’Extrême-Orient qui visitent l’Europe en 72 heures monteront au Jungfraujoch, mais ne s’arrêteront certainement pas au Luxembourg. Nous n’avons sans doute pas d’aristocrates, mais nous avons de magnifiques paysages. Qui donc irait passer ses vacances au Grand-Duché de Luxembourg3) ?


Prospérité, tranquillité et sécurité, qualité de vie, atmosphère propre en ordre, situation centrale et entourée de plusieurs grand pays européens, entre la Suisse et le Luxembourg, c’est véritablement match nul !



  1. http://www.lessentiel.lu/fr/economie/dossier/ecolux/news/story/pres-de-43-000-millionnaires-au-luxembourg-11249727
  2. Un schibboleth, en hébreu : שִׁבֹּלֶת1, prononcé [ ʃibɔlɛt] en français, est une phrase ou un mot qui ne peut être utilisé – ou prononcé – correctement que par les membres d'un groupe. Il révèle l'appartenance d'une personne à un groupe national, social, professionnel ou autre. Autrement dit, un schibboleth représente un signe de reconnaissance verbal  https://fr.wikipedia.org/wiki/Schibboleth
  3. https://www.visitluxembourg.com/fr 



Suisse


Population totale :  8 603 900

Superficie  :  41 285 km2

Densité  :  208 hab./km2 


PIB par habitant en parité de pouvoir dachat  :

58 086,211 USD

Indice de développement humain  (IDH) :  0,944

2ème pays dans le classement IDH du PNUD


Source : Wikipedia


Travailleurs frontaliers : 112.000


OECD PIB  2016-2020

71.298 USD per capita

https://data.oecd.org/fr/gdp/produit-interieur-brut-pib.htm

Luxembourg


Population totale :   634 730 hab.

Superficie :     2 586,4 km2

Densité :   245 hab./km2 


PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat  :  

114,825 USD

Indice de développement humain  (IDH)  :  0,904

21ème pays dans le classement IDH du PNUD


Source : Wikipedia


Travailleurs frontaliers à Genève : 100.000 (2022


OECD PIB  2016-2020

118.582 USD per capita

https://data.oecd.org/fr/gdp/produit-interieur-brut-pib.htm




2023



Points communs entre la Suisse et Luxembourg, selon des extraits d'un article paru dans Le Figaoro le 14 novembre 2021


Salaires plus élevés, allocations familiales généreuses… Le Luxembourg aspire les compétences et les contributions sociales de 112.000 travailleurs frontaliers résidant dans le Grand Est et qui vont « bosser au Lux ». Sans donner de compensation fiscale aux communes françaises, pénalisées par ce qu’elles qualifient d’«un pillage».

D’ici vingt ans, ce territoire pourrait compter 160.000 travailleurs frontaliers .… L’accès à cet eldorado a bien souvent un coût, celui du temps passé dans les bouchons. 

La mobilité des frontaliers français était un des principaux points au menu de la sixième commission intergouvernementale pour le renforcement de la coopération transfrontalière … L’enjeu est de taille car les Français, mais aussi les Belges et les Allemands, représentent presque la moitié de sa main-d’œuvre salariée, soit 213.000 emplois. ….. le Luxembourg apparaît comme un pays de cocagne. Plus de la moitié des actifs de la communauté d’agglomération de Longwy, en Meurthe-et-Moselle, y travaillent. ….

Elle [une infirmière] a dû encaisser les quarante heures de travail hebdomadaires, mais son exercice en horaires décalés lui épargne les problématiques de transports. Passée à 80 %, cette célibataire gagne deux fois plus qu’auparavant et trouve légitime de payer ses impôts au Grand-Duché. …. Notre tissu économique est quasi inexistant, les artisans préférant ouvrir leurs entreprises côté luxembourgeois.

Elle [une agence d’urbanisme] parle de rapport «gagnant-perdant», citant en exemple le cofinancement par le Luxembourg d’un parking relais destiné au covoiturage aménagé à Metzange, dans l’aire urbaine de Thionville. L’agence juge que l’investissement est réalisé au seul bénéfice du développement économique du Luxembourg, puisque ses 750 usagers devraient lui rapporter 154 millions d’euros en impôts, cotisations et taxes sur dix ans, alors que sa construction et son exploitation coûteront 4,8 millions d’euros au contribuable français. (A Genève, le financement par la Suisse de parking-relais en France a été refusé en votation populaire - ce qui a provoqué moult cris d’orfraie et accusations de racisme anti-frontaliers).

Le chef du gouvernement [luxembourgeois] a admis que, sans la libre circulation des travailleurs frontaliers pendant les périodes de confinement, «notre système de santé se serait effondré». … Le Grand-Duché recrute un tiers des 350 infirmiers qui sortent chaque année de nos instituts de formation. C’est une logique de pillage, pas de partenariat intelligent. 

Vincent Hein, économiste au sein de la Fondation Idea, un think-tank de la Chambre de commerce de Luxembourg, estime cependant que «le Luxembourg n’a pas d’autres choix que d’investir dans les territoires frontaliers pour qu’ils restent attractifs dans l’intérêt de son propre développement. Si un habitant de Montpellier n’a pas envie d’habiter à Thionville, ce n’est pas un problème pour la France, c’est un problème pour le Luxembourg».








jeudi 13 mai 2021

Is This Real Life ? - Philip K. Dick (1928-1982)

 


Nobody remembers Philip K. Dick, although everybody knows the many films that were made after his novels. He has had a lasting impact on popular culture for the past decades and his heritage still pervades our everyday lives, today more than ever before.


Philip Kindred Dick est un auteur américain injustement tombé dans l’oubli, seuls les boomers savent encore qui il était. Et pourtant, tout le monde le connaît sans en être conscient. Il a écrit de nombreuses nouvelles parues dans des revues de science fiction (pulps), puis des romans, sans vraiment rencontrer d’immense succès de son vivant, si ce n’est avec son roman Le Maître du Haut Château (The Man in the High Castle, récemment adapté en série télé). La science-fiction était alors considérée comme un genre mineur et il aurait aimé être reconnu comme auteur « généraliste » . Il est mort d’un AVC quelques mois avant la sortie au cinéma de Blade Runner, adaptation de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Do Androids Dream of Electric Sheep ?). Il fait ainsi partie de ces génies incompris, qui vivotent malheureux et frustrés et dont l’œuvre finit par avoir un impact énorme sur un monde auquel ils n’appartiennent plus. 


Sa vie était loin d’être un fleuve tranquille. Sa sœur jumelle est décédée quelques semaines après leur naissance, un événement qui l’a fortement marqué. C’était un enfant calme, aimant la musique et qui était capable de reconnaître de nombreuses œuvres, rien qu’en écoutant les premières mesures. Il passait beaucoup de temps seul, à se raconter des histoires, il lisait Poe et Lovecraft. Jeune, il souffre de troubles psychiques - crises d’angoisse et introversion - et sa mère l’enverra consulter un psychiatre dès l’âge de 14 ans. S’étant bien renseigné sur les mille et une facettes de la psychologie, Dick finira par devenir maître de la manipulation, parvenant à mener les psys par le bout du nez. Il savait exactement comment il fallait répondre aux tests pour qu’on le juge normalement anormal ou anormalement normal. Il suivait des cours spéciaux pour HPI et se vantait d’avoir triché aux tests. Selon lui, un imposteur parvenant à se faire passer pour un génie était encore plus malin qu’un génie véritable. En outre, il a su exploiter l’incroyable effet dramatique que provoquait la mort de sa sœur jumelle, tout en faisant d’elle une compagne imaginaire. Agoraphobe, chétif, souffrant de vertiges et d’angoisses, aimant les arts et la musique, il pensait être homosexuel. Par amour de la musique et de Schubert, Schumann et Brahms, il s’est mis à apprendre l’allemand. Il a d’abord travaillé dans un magasin de musique, pensant en faire sa carrière, mais sa deuxième femme (il a été marié cinq fois) l’a encouragé à écrire, ce qu’il a fait et fera toute sa vie. 



Sa vie intérieure était intense, tourmentée, animée d’une riche imagination, alimentée par ses phobies, ainsi que par une palette de drogues et de médicaments, qui lui permettront d’entrevoir l’avenir tel un visionnaire particulièrement perspicace. Il a en effet deviné et pressenti l’intelligence artificielle, la société de surveillance, les réseaux sociaux, le Big Data et les univers virtuels qui parcourent tous ses romans. Sa paranoïa et ses délires lui ont permis de décrire des réalités distordues, des mondes parallèles, des mirages quasi palpables et des univers dystopiques. Il est devenu l’écrivain le plus adapté au cinéma, avec des films connus de tous : Blade Runner, Minority Report, Total Recall, A Scanner Darkly, le Maître du Haut Château (série télé). D’autres films ont clairement été inspirés des œuvres de Dick : Matrix, Ghost in the Shell, The Truman Show, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, eXistenZ, Inception …


Autour de 1974, il commencera à avoir des hallucinations et tombera dans des élucubrations mystiques. Il était persuadé de vivre simultanément au XXème siècle et à l’époque de Jésus Christ. Etant très populaire en France, il sera invité à un congrès de science-fiction à Metz en 1977. De très nombreux fans attendaient avec impatience de boire les paroles de leur idole. Au lieu de leur parler de ses œuvres, de sa vision du réel et de l’irréel ou encore de l’avenir du futur, il les a assommés avec des péroraisons théologiques fumeuses. Son discours était intitulé : Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres. Le public avait tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’une astuce dickienne, qu’il allait y avoir un retournement de situation, la révélation de l’ironie d’un deuxième degré, mais non : Philip K. Dick était tout ce qu’il y a de plus sérieux. C’était une erreur de casting totale, l’orateur ne correspondant plus du tout à son public. L’interprète avait cessé de traduire et ceux qui comprenaient l’anglais ne pouvaient que constater que Dick était devenu non seulement fou mais bigot. Au retour de cette expérience humiliante, il se mettra à rédiger son Exégèse, un pavé contenant des réflexions philosophico-religieuses. Il écrira encore quelques romans teintés de mysticisme, avant de s’éteindre en 1982.




Le destin est cruel et la vie profondément injuste. Dick est aujourd’hui tombé dans l’oubli, alors que le monde dans lequel nous vivons pourrait parfaitement servir de décor à un de ses romans : chacun vit dans sa bulle, le regard vissé sur son téléphone mobile déverrouillé à l'aide d'une empreinte digitale ; nous communiquons par le biais de messages WhatsApp ou des réseaux sociaux; certains ont recours à la chirurgie esthétique pour correspondre à l’idéal artificiel des filtres Instagram ou pour avoir un meilleur aspect sur Zoom; un tweet écrit à l’autre bout de la planète peut provoquer des réactions violentes partout ailleurs, alors qu’un DJ sud-africain parvient à faire danser toute la planète sur Jerusalema. Et que dire de l’actuelle pandémie de la Covid-19 : nous circulons masqués, séparés les uns des autres par des parois en plexiglas, nous scannons des codes barres pour qu’on puisse nous suivre à la trace et nous nous faisons implanter des puces 5G pour que Bill Gates…. ah non, ça, ça reste encore de la fiction. A moins que … comme dans un roman de Dick, la réalité ne soit pas vraiment la réalité, que la fiction dépasse la fiction et que, dans la vraie vie, nous soyons tous des androïdes qui ne savent pas qu’ils le sont.



Emmanuel Carrère : Je suis vivant, vous êtes tous morts (biographie de Philip K. Dick) Éditions Seuil, Collection Points N° P258


France Culture, Regards sur Philip K. Dick  https://www.franceculture.fr/emissions/series/regards-sur-philip-k-dick 


If you find this world bad, you should see some of the othershttp://empslocal.ex.ac.uk/people/staff/mrwatkin/PKDick.htm 


https://www.eklecty-city.fr/cinema/jane-alfonso-cuaron-et-charlize-theron-vont-explorer-la-vie-et-limaginaire-de-philip-k-dick/


lundi 19 avril 2021

J’habite une rue de femme


En 2019, le Canton de Genève a décidé de frapper un grand coup en faveur de l’égalité entre hommes et femmes, une thématique d’une grande actualité, à peine éclipsée par la pandémie de la Covid-19. Des mesures ont-elles été prises pour faciliter la garde d’enfants, afin que les femmes puissent travailler sans devoir cumuler des doubles journées ? A-t-on décidé de soutenir et de soulager les proches-aidants, qui sont quasi-exclusivement des proches-aidantEs, afin de leur épargner épuisement et burn-out ? A-t-on décidé d’imposer l’égalité salariale ? Oh que non, on a fait bien mieux que ça : on a rebaptisé dix rues pour leur attribuer le nom d’une femme. Et ce n’est qu’un début, il est question de renommer 100 rues au total, de quoi déboussoler tout le monde. À une époque où nous sommes tous en manque de repères, où les budgets publics sont saignés à blanc à cause de la pandémie, où les restaurants, petits commerces et artistes sont à genoux, l’Etat juge opportun de gloser sur le sexe des rues…..

C’est ainsi que depuis le 1er mars 2020, la place de Chevelu s’appelle place Ruth Bösiger. Une illustre inconnue, au nom très laid (elle n’y peut rien, la pauvre….) dont le mérite pour passer à la postérité est d’avoir été vendeuse. Oui mais attention : vendeuse anarchiste ! Les bras m’en tombent…. Un peu plus loin, il est proposé de rebaptiser la rue des Etuves : Rue Cécile-Biéler-Butticaz. C’est simple, facile à retenir, facile à épeler pour le chauffeur de taxi qui doit venir vous chercher. Et qu’a fait cette délicieuse personne pour avoir une rue à son nom ? Elle était ingénieure. Ingénieure en quoi, on ne le saura pas, mais on félicitera cette représentante du sexe faible d’avoir réussi à occuper un métier généralement perçu comme masculin. Pourrait-on imagine l’inverse ? Un homme aurait-il droit à une rue à son nom parce qu’il était jardinier d’enfant  ou infirmier ? D’autres nouveaux noms de rue sont : les Trois-Blanchisseuses, une directrice de musée, une cheffe d’un service de  

sténographie. Parmi les « plaques roses », c-à-d les projets de changement qui ne sont pas encore officiels, il y a de nombreuses candidates à une élection, des noms à coucher dehors comme Marie Goegg-Pouchoulin, militante féministe et fondatrice du
Journal des femmes, Eva Evdokimova, danseuse étoile états-unienne dont le seul lien avec la ville de Genève est qu’elle y est née; Marie-Sidonia de Lenoncourt, une aventurière et héritière dont je peine à comprendre le lien avec Genève; Mary Wollstonecraft Godwin, qu’il serait bien plus simple d’appeler Mary Shelley, le nom par lequel elle est connue pour être l’auteur de Frankenstein, mais évidemment, on ne va pas lui donner le nom d’un homme….; deux prostituées, Grisélidis Réal et Anna S. qui s’est suicidée en se jetant par la fenêtre d’une maison close. Voilà qui mérite clairement une rue à son nom… On notera également que 2% des femmes ainsi honorées sont des putes.

Pourquoi remplacer un peintre par une musicienne ?
Des ouvrières, des péripatéticiennes, des vendeuses anarchistes, des personnes qui sont nées ou décédées à Genève ou alors qui y ont fait un bref séjour, quel palmarès ! Il y a évidemment une bonne raison à cela : autrefois, les femmes ne pouvaient pas être écrivain, artiste, chercheur, mathématiciennes, pilote d’avion, athlète …. Certaines y sont certes parvenues, soit parce qu’elles ont eu la chance de naître dans une famille ou un milieu plus tolérant et libéral, soit parce qu’elles étaient dotées d’une personnalité hors normes. Il me semble que cet exercice un peu vain ne fait que souligner l’absence des femmes parmi les grands noms de l’histoire et je ne pense pas que ce soit vraiment constructif ni favorable à la cause féministe. En outre, c’est là le résultat des revendication d’une minorité d’excitées qui pensent ainsi changer la face du monde. Sur la page Facebook Ville de Genève Officiel, il n’y a que des commentaires outragés, choqués par ce gaspillage des deniers publics et qui disent véhémentement que c’est parfaitement débile. Parmi les voix critiques, il y a également des femmes. 



Le féminisme prend actuellement une tournure vraiment hystérique, c’est bien le cas de le dire. Les hommes affirment d’ailleurs ouvertement qu’ils ne peuvent plus rien dire, le simple fait d’être mâle les disqualifie d’office, tout comme le fait d’être blanc, ce qui n’est même pas pertinent en l’espèce, puisque les cultures non-occidentales sont bien plus patriarcales et machistes. Une paroi violette, couleur de la Grève des Femmes, portant le titre « Quelle est ta colère » sert d’exutoire aux femmes brimées de Genève. On peut y lire des jérémiades telles que « le non-remboursement de la pilule » ou encore « on ne me demande pas de goûter le vin ». Ciel, dans quel monde machiste vivons-nous ! Ces pauvre chéries ne se doutent pas qu’il fût un temps où la pilule n’existait même pas et qu’il fallait être mariée pour l’obtenir une fois qu’elle existait. Et il n’y a qu’à se proposer de goûter le vin, c’est ta faute si tu t’entoures de machos, ma cocotte ! En Afrique, les femmes n’ont pas ce genre de problèmes. 



La ville de Berlin a voulu harmoniser les feux pour piétons, c-à-d supprimer les petits bonshommes (Oh ! Encore des hommes !) verts et rouges de Berlin-Est, pour les remplacer par le modèle dominant, celui de Berlin-Ouest. Cela a provoqué une levée de bouclier et des actions citoyennes. J’espère que les citoyen·x·nes de notre bonne ville de Genève se soulèveront comme une seule femme pour que nous puissions garder les noms de rues que nous connaissons tous·x·tes (je crois que c’est comme ça qu’on doit écrire pour parvenir à l’égalité entre les sexes).


A noter que, suite à l’invitation du Département du Territoire à leur adresser des questions, j’ai eu droit à une réponse personnalisée du Conseiller d’Etat compétent en la matière : 




https://www.geneve.ch/fr/actualites/ville-geneve-feminise-noms-rues


https://www.geneve.ch/sites/default/files/2020-08/la-ville-de-geneve-feminise-10-noms-de-rue-2020-communique-de-presse.pdf


https://www.geneve.ch/fr/actualites/dossiers-information/objectif-zero-sexisme-ville/espace-public/noms?fbclid=IwAR1VyjPAGyzfwQig7DZJWh_f4JRNVlgaJrOWeLZkYGlx_bO2ZHFTxxogewI


https://www.ghi.ch/le-journal/geneve/la-feminisation-des-rues-sinvite-dans-les-municipales


https://100elles.ch


https://www.ghi.ch/le-journal/geneve/noms-de-rues-femmes-vous-aime 


https://plr-villedegeneve.ch/2020/02/feminiser-les-noms-des-rues-a-geneve-ou-les-dernieres-frasques-de-salerno/ 


Ne vaudrait-il pas mieux jouer les œuvres de cette femme pour la faire connaître ?


Voici un texte de la journaliste Anne Cendre, qui décrit les dix femmes dont les noms figurent dorénavant parmi les rues de Genève

https://annecendre.blog.tdg.ch/archive/2021/06/07/baptemes-de-rues-315718.html#c586046


jeudi 25 février 2021

La reine Christine de Suède (1626-1689)

La reine Christine par Sébastien Bourdon  (1616-1671)

Depuis la nuit des temps, les femmes ont été confinées au rôle d’épouses et de mères, priées de ne pas faire de vagues, de ne pas faire de bruit et, surtout, de ne pas se faire remarquer. Certaines femmes sont très heureuses dans ce corset social qui leur est réservé, mais toutes ne trouvent pas leur bonheur dans un moule aussi rigide. De nombreuses femmes ont vu leur talent et leur génie étouffé par les convenances sociales. Pour une Marie Curie, combien d’Alma Mahler, combien de Fanny Mendelssohn ou de Mileva Einstein?  


Il y a pourtant eu une femme extraordinaire qui a non seulement refusé de se plier à l’obligation de se comporter comme une dame, mais qui a également refusé les contraintes liées à son sang royal. Dès sa naissance, Christine de Suède a fait croire à tout le monde qu’elle était un garçon, étant née très poilue et d’un sexe ambigu. La généalogie royale n’attend que des héritiers mâles et la cour de Suède avait besoin d’un garçon, mais voilà…. à y regarder de plus près, c’était bien une fille. Le trône ayant besoin d’un successeur, suite au décès du roi sur le champ de bataille lors de la guerre de Trente Ans, Christine est devenue reine à l’âge de six ans.


Christine de Suède est certes née fille, mais a elle été élevée comme un garçon. Elle a été formée à l’art de gouverner, elle a appris à monter à cheval et à manier l’épée. Elle était hautement intelligente, elle s’intéressait à l’art, à la littérature et aux sciences. A l’âge de vingt ans, elle maîtrisait le latin, le français, l’allemand et le néerlandais, auxquels elle a encore ajouté le grec ancien, l’italien et l’espagnol, ainsi que des rudiments d’hébreu et d’arabe. Elle recevait aussi un enseignement en théologie et en philosophie. Elle n’était pas une femme ordinaire, loin de là. Non seulement elle se conduisait de façon masculine, mais elle cherchait à éliminer toute féminité dans son habillement. Elle disait préférer la compagnie des hommes, non pas parce qu’ils sont des hommes, mais parce qu’ils ne sont pas des femmes. 


La reine Christine conversant avec René Descartes (Nils Forsberg d'après Dumesnil) 

La reine invitait de beaux esprits à sa cour, parmi lesquels René Descartes, avec qui elle voulait débattre de l’âme, de l’esprit et de leur rapport à notre corps. Le malheureux Descartes est mort à Stockholm peu de temps après son arrivée, probablement d’une inflammation pulmonaire. Après avoir été enterré dans un cimetière pour non-protestants, sa dépouille a été rapatriée en France, mais sans son crâne…. Mais c’est une autre histoire.


Le rôle de tout monarque est d’être à la tête d’un royaume, de guerroyer, mais aussi de donner un héritier au trône. Toutefois, la reine Christine refusait de se marier. On la disait très libertine, vivant ses passions avec des amants des deux sexes. Lasse de devoir subir de telles pressions, refusant de renoncer à sa liberté en se pliant au joug du mariage, elle finit par désigner son cousin Charles-Gustave prince-héritier. Enfin, dégoûtée du pouvoir, elle finira par abdiquer en 1654 à l’âge de 28 ans et se convertira au catholicisme.


Après un long périple à travers l’Europe, elle s’établira à Rome en 1655. Elle y mènera une vie consacrée aux sciences, aux arts et aux lettres. Elle y terminera sa vie et sa tombe côtoie celles de papes à la basilique Saint-Pierre de Rome. Grâce à son statut de reine, née dans un pays sans doute déjà très tolérant et favorable à l’égalité des sexes, elle a pu vivre selon son tempérament vif et fougueux et n’a pas eu besoin d’étouffer son intelligence afin de paraître normale et de mener la vie conventionnelle réservée aux femmes. 

Greta Garbo in Queen Christina
A ce propos, il est intéressant de constater que le film qui a été tourné en 1933 aux Etats-Unis par Rouben Mamoulian relate de façon relativement fidèle le parcours de vie très romanesque de la reine Christine, incarnée par Greta Garbo. Sauf …. sauf …. qu’au cinéma, c’est évidemment l’Amour qui est le motif principal de l’abdication de la reine. Elle tombe amoureuse de l’émissaire du roi d’Espagne, avec qui elle converse de Velazquez et de Calderón. Elle renonce au trône, car le peuple n’accepte pas que la reine fréquente un étranger, l’héritier de la cour devant être de sang suédois. Elle choisit la liberté, mais les rigueurs du romantisme veulent que l’homme à qui elle a donné son cœur et sa vie meure dans ses bras, des suites d’un duel. 

John Gilbert jouant Don Antonio
On pourrait se demander comment Christine aurait vécu, si elle était née au XXème siècle ? Serait-elle une égérie des mouvements LGBTQI ? Serait-elle le fer de lance d’une grève pour le climat ? Serait-elle prix Nobel ou auteur à succès ? Tout ce que je souhaite, c’est que les Christines de ce monde puissent dorénavant pleinement déployer leurs ailes, développer leurs talents et laisser libre cours à leurs passions, même si cela signifie déranger en étant différentes.


Voir le documentaire Secrets d’Histoire, avec Stéphane Bern, sur Daily Motion

https://www.dailymotion.com/video/xsotz3  


La scène finale du film


Un documentaire sur la reine Christine



jeudi 10 décembre 2020

Travels in Times of Covid-19


The author is a free lance conference interpreter living in Geneva, Switzerland. Her professional life has been hard hit by lockdown measures and travel restrictions. All international conferences have been put on hold or are held remotely with the help of internet platforms such as Zoom. 


Since the first lockdown due to the Covid-19 pandemic in March 2020, we have all learnt to slow down, to do less, meet fewer people. Traveling now belongs to days long past, it is no more than a faraway memory… 


Self-employed workers like myself are among the hardest hit by the current pandemic, but lo and behold ! Unexpectedly and quite last minute, I got a contract for the EU in Luxembourg, which implies traveling and staying in a hotel. Heavens ! The last time something like this happened was in January : you might as well say eons ago.


Less than a week before my assignment I realized there no longer were any direct flights on the eve of the beginning of my contract, a Sunday. There wasn’t even a single direct flight in the entire weekend. Airlines have had to cut down their activity for lack of customers. Indeed, with the pandemic and lockdowns galore, traveling has simply been impossible for several weeks ; now it has become possible again but with quarantines upon arrival and/or return, enough to discourage even the most hardened adventurers. So rather than flying Geneva-Rome-Luxembourg, I chose to spend a day on the train, for about 600km and 7-8 hours. I’m used to traveling the Geneva-Strasbourg route for the European Parliament, so it’s just three more hours, no big deal. All I need is something to chew on, that is enough reading material and a sandwich or two. A great advantage with this itinerary was that I could elude border controls upon arrival and nobody would bother me about the rate of contamination in Switzerland, which is considered a Red Alert Zone by Luxembourg - the same goes the other way ‘round, especially for Geneva. I could have justified my travel with my work contract upon my return to Switzerland as well, and thus escape quarantine. 



Once at the hotel door I had to ring the bell to get in, no open house here. Disinfectant gel was available for the hands of anyone who claimed a right to enter the premises and the reception staff were hiding behind a plexiglass wall. No bar in the lobby, the restaurant area opened for breakfast only. In order to avoid unnecessary contacts, no maid was going to clean my room during my entire stay, which was fine by me. I was more than glad to be on my own given the circumstances. I even avoided going to restaurants and had cozy picnics in my room instead while watching the news on TV.

As everywhere nowadays, the elevator was limited to one person at a time in order to limit contagion. But once a man who probably thought he was Very Important barged in, asking Do you mind ? but came in before I could even answer. What could I say ? I have been brought up to be polite, even with rude people, and didn’t react quickly enough. Next time I’ll be ready with Sorry, I don’t know you and yes, I do mind. Or I’ll walk out of the elevator, passive-aggressive style, and give way to Mr Macho Man. Covid-19 will be with us for still some time, so I might as well learn to get things straight without ifs or buts.


Upon entering the premises of the EU Court of Justice everybody has his/her temperature taken by a camera-type device. Masks are compulsory in the entire building, and hands have to be disinfected with gel. Everybody sits or stands at a safe distance from others. Interpreters work one per booth. This time, almost all parties to the hearing were present except for one, visible on a screen. In other words, work went on as usual, which goes to show that it’s possible, all you need is enough space for everyone.



In Luxembourg City, everybody wears a mask, even in the open air, on the streets. People are very calm, disciplined, and they seem to understand that it’s in everybody’s interest to follow the rules. I was probably taking less risks there than in Geneva.

On the way back home I could fly as in the olden times. The departures hall was spooky, not a soul in sight (almost…) no boutiques nor cafés. I was the sole passenger…. until another Very Important Man nearly pushed me aside at the baggage deposit counter. Would you like to go before me ? I asked him politely. The irony was completely lost on him. Yes ! was his answer, devoid of any Hello’s, Excuse-me’s or Thank you’s. Couldn’t I see his uniform, with stripes and all ? The lady behind the counter was used to this kind of behavior. Pilots …. she said. But come evening and they take off their fancy jacket, they’re just like us, aren’t they ? Well yes, almost.


After passing security, I did find an open bar, and the duty free shop was also open. Almost business as usual, except that there weren’t that many customers. A given route had to be followed through the shelves, which didn’t exactly encourage shopping. We were only six passengers on board the plane, and I was the only woman. Of course, Luxembourg is a destination for bankers and businessmen, this goes to show that those still are very male-dominated sectors. When I checked in, it was impossible to change my seat. Indeed, I thought the airline wanted to seat us according to the prevailing sanitary rules. But no ! We were all forming a wonderful cluster right in the middle of an otherwise perfectly empty airplane. We scattered, of course. Luxair kindly gave us masks and disinfectant in addition to the traditional snack and drink.


I found the same post-apocalyptic decor in Geneva, not a living soul (almost…). It was like walking into a science-fiction movie : empty corridors, automatic doors, walkways rolling for no one, ads selling products to intergalactic emptiness and a lonely cleaner making rounds on pristine floors. Here, I also found an iron curtain protecting wares nobody was longing to buy. It felt like curfew and times of shortage. Two flights only were announced above the luggage conveyor belts.


The door to the arrivals hall opened onto a conspicuous void ... Nobody was waiting for anyone, no wagging tails, no hugs nor flower bouquets. I didn’t even need to elbow my way to the bus stop but bumped into my neighbor instead, a cab driver who was listlessly waiting for a hypothetical customer with his buddies. They were the only little crowd gathered near the coffee bar in the hall. I asked him jokingly if he would like to give me a ride back home .... but his work shift wasn’t over yet.


I should have felt safe once I was on Swiss soil again, given I had just left a red alert zone. But the infection rate is now skyrocketing in Switzerland and more particularly in Geneva, even though we’ve been doing our best for the past six months to avoid this. So there’s nothing left to do but keep on washing our hands and staying at a bargepole’s length from everybody. We’ll get used to it eventually.




Edit : the rate of contamination is now so high in Switzerland that the authorities have given up on quarantines. On the 7th of November 2020, Geneva has become N° 1 in Europe as regards contaminations with Covid-19.


The original version in French : Voyager au temps du Covid-19





 

dimanche 18 octobre 2020

Voyager au temps du COVID-19


Depuis le semi-confinement du mois de mars 2020, nous avons tous pris le pli de ralentir nos activités, de réduire nos contacts et les voyages sont devenus un lointain souvenir, quelque chose qui appartient à une époque révolue. Tout comme le travail, pour pas mal de gens, surtout les indépendants.


Mais voilà que j’ai eu - de façon un peu inespérée et confirmé last minute - un engagement à Luxembourg, pour l’Union européenne, ce qui signifie un voyage et des nuitées d’hôtel. Juste ciel ! ça ne m’était plus arrivé depuis le mois de janvier.


A moins d’une semaine avant le début de mon contrat, je constate qu’il n’y a aucun vol direct la veille de mon engagement (un dimanche). En effet, les compagnies aériennes ont dû fortement réduire la voilure pour cause de pandémie. Alors plutôt que de prendre un vol via Rome pour arriver à Luxembourg, je choisis de passer une journée dans le train. C’était comme d’aller à Strasbourg, avec juste un petit bout en plus, via Metz. L’avantage de cette option terrestre est que je n’ai dû subir aucun contrôle en franchissant la frontière. S’il est vrai que le Luxembourg est sur liste rouge pour la Suisse, le contraire est vrai également, plus particulièrement pour Genève, où la prévalence des contaminations est sans doute encore plus élevée. En cas de contrôle, j’aurais dû justifier le motif de mon voyage en présentant mon contrat - idem à mon retour en Suisse. Dans les deux cas, j’aurais été tenue de me mettre en quarantaine si mon voyage n’avait pas été de nature professionnelle.



A l’hôtel, il fallait sonner pour qu’on vous ouvre la porte, on ne laisse pas entrer n’importe qui. Gel désinfectant et paroi en plexiglas pour le personnel à la réception. Le bar-restaurant était fermé, son accès barré, il n’ouvrait que pour le petit-déjeuner. Aucune femme de chambre n’est passée pendant tout mon séjour, ceci afin de minimiser les contacts. Quant à moi, j’ai renoncé à dîner au restaurant, je n’ai fait que pique-niquer dans ma chambrette. L’ascenseur était limité à une personne, mais une fois, un autre client s’est plus ou moins imposé avec sa valise - ça ne vous dérange pas ? - dans cet espace vraiment très exigu. Typiquement femme, j’ai été trop polie pour lui dire que Je ne vous connais pas et oui, ça me dérange. La prochaine fois, je sortirai de façon démonstrative de l’ascenseur pour laisser la place au macho impatient. Le Covid-19 va nous accompagner encore un certain temps, alors autant commencer à apprendre à mettre les points sur les i, avec politesse mais fermeté et conviction. 


Au travail, on nous prenait la température chaque fois qu’on entrait dans le bâtiment, des distributeurs de gel désinfectant étaient à disposition, les distances étaient respectées, un interprète par cabine et, cette fois-ci, les participants étaient dans la salle. Mais le travail s’est déroulé comme d’habitude, comme quoi, c’est possible, il suffit d’avoir suffisamment de place pour tout le monde. 

A Luxembourg, tout le monde porte le masque, même dans la rue. Les gens sont très calmes et disciplinés, tout le monde semble comprendre que c’est dans l’intérêt général. Finalement, j’avais l’impression de courir moins de risques qu’à Genève…

Le voyage du retour s’est fait en avion, comme dans le bon vieux temps. Sauf que je suis arrivée dans un aéroport parfaitement vide, le kiosque à journaux et la petite boutique avaient tiré leur rideau, Starbucks était fermé aussi. Aucune attente au dépôt de bagage, mais un pilote a tout de même réussi à avoir le culot de me bousculer parce qu’il était pressé. Vous voulez passer avant moi ? lui ai-je demandé poliment. Oui ! m’a-t-il répondu, sans dire ni bonjour, ni pardon, ni s’il vous plaît. Quand on est un homme, surtout en uniforme, on est important ! Ce que m’a confirmé l’employée au guichet : Mais le soir, quand ils se couchent et qu’ils enlèvent leur uniforme, ils sont comme nous, hein ? Oui, enfin presque….



De l’autre côté du contrôle de sécurité, un bar était ouvert, ainsi que le magasin hors-taxe. Nous étions deux pelés et trois tondus à vagabonder dans les rayons, limités et restreints par un ordre de circulation, ce qui n’encourageait pas vraiment le shopping. Nous étions six passagers en tout et pour tout et j’étais la seule femme, Luxembourg étant une destination pour banquiers et hommes d’affaires. Lors de l’enregistrement, il avait été impossible de changer de siège, je pensais que c’était précisément pour imposer une distance entre les passagers. Or, étrangement, le logiciel de check-in nous avait tous agglutinés au même endroit. Nous nous sommes bien sûr espacés. Luxair nous a aimablement offert des masques, ainsi que du désinfectant, en sus du petit snack.
 

A l’arrivée à Genève, j’ai retrouvé la même ambiance d’aéroport de pandémie, j’avais l’impression d’être dans un film de science-fiction : des corridors vides, des portes automatiques, des tapis ne roulant pour personne, des publicités qui envoient leur message au vide intersidéral et, malgré tout, un employé qui nettoyait les sols propres en solitaire. Ici aussi, un rideau de fer protégeait la marchandise du magasin hors-taxe que personne ne convoitait, à nouveau cette ambiance de couvre-feu, presque de pénurie. Deux vols seulement s’affichaient au-dessus des tapis de distribution des bagages. 


La porte automatique s’est ouverte sur le hall des arrivées et….. absolument personne. Aucun chien haletant attendant impatiemment son maître bien-aimé, aucun bouquet de fleurs, pas besoin de me faufiler parmi la foule pour essayer d’atteindre mon bus. En revanche, j’ai croisé mon voisin, chauffeur de taxi, à qui j’ai demandé en plaisantant s’il voulait me reconduire à la maison. Mais lui, et tous ses collègues, attendaient désespérément des clients qui n’arrivaient pas et tuaient le temps vers le petit bar à café qui avait ainsi au moins un peu de clientèle.

De retour chez moi, j’aurais dû me sentir à l’écart de tout danger, étant donné que je venais de quitter une zone rouge. Mais voilà qu’en Suisse, plus particulièrement à Genève, le nombre d’infections augmente de façon exponentielle, ce qu’on cherche à éviter depuis environ six mois. Il n’y a donc pas d’autre option que de continuer à respecter les gestes barrières et la distanciation sociale. Ma foi, on s’habitue à tout.




Mise à jour : le taux de contamination est désormais si élevé en Suisse qu'il n'y a plus de quarantaine pour quiconque arrive sur le territoire

La page d'information du Luxembourg pour le Covid-19


L'ordonnance fédérale dans le domaine des transports internationaux