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jeudi 27 février 2025

Une visite au Bioparc à Bellevue (Genève)


Suricates

Le Bioparc est un parc animalier créé en 1991 par Pierre Challandes, passionné d’animaux depuis sa plus tendre enfance. Il a passé sa vie à sauver toutes sortes de bêtes qu’il a soignées, puis hébergées jusqu’à créer une véritable institution. Le parc Challandes s’appelle dorénavant Bioparc et il est géré par toute une équipe de professionnels et de bénévoles, sous la houlette du vétérinaire Tobias Blaha. Il convient de préciser qu’il ne s’agit pas d’un zoo, mais d’un refuge et d’un lieu de sauvetage pour des animaux saisis à la douane - les gens reviennent de vacances avec des singes, des oiseaux ou des tortues - ou encore chez des particuliers, qui ne savent pas qu’il est interdit de détenir des animaux sauvages chez soi. En effet, les perroquets si beaux sont bruyants et les singes si mignons sont salissants et destructeurs. Ces pauvres créatures ramenées comme souvenir sont privées de leur vie en liberté dans la nature. Lorsqu’un animal n’a pas appris à se nourrir tout seul et qu’il fait trop confiance à l’humain, il n’y a plus de retour en arrière. Le Bioparc a pour rôle non seulement de prendre en charge ces animaux sauvages, dont le parcours de vie a été brisé, mais aussi de contribuer à la conservation des espèces menacées, grâce à des collaborations avec d’autres parcs animaliers, notamment pour des accouplements entre individus en voie d’extinction.


Le premier animal qui retiendra votre attention est un écureuil bien de chez nous, qui tourne en rond dans sa cage. Une dame l’a trouvé tout bébé et, pensant bien faire, l’a recueilli chez elle, le soignant et le nourrissant. Elle l’a gardé comme animal de compagnie, comme si c’était un chat ou un hamster jusqu’au jour où son Gégé lui a été confisqué. Il partage dorénavant une cage avec des tamia (chipmunk en anglais), qui ne sont pas indigènes chez nous. Ils ont probablement été importés par des personnes revenant des Etats-Unis qui, ne sachant ou ne voulant plus s’en occuper, les ont simplement relâchés dans des parcs.


Les visiteurs sont ensuite accueillis par Aldo, un perroquet de plus de 60 ans, juché sur son perchoir. Il est vivement recommandé de résister à la tentation de le caresser, au risque de gagner un sparadrap ! En revanche, deux gentilles oies blanches en début de parcours se laisseraient toucher.


On peut voir des poules appenzelloises huppées et des ibis chauves, deux races indigènes en voie de disparition, mais que l’on cherche à réintroduire. Les poules appenzelloises résistent très bien aux grands froids, mais leurs œufs sont trop petits pour être intéressants d’un point de vue commercial. Quant aux ibis chauves, ils ont souffert d’avoir été considérés comme étant trop moches et parce que leur long bec ressemble au masque pointu que portaient les médecins à l’époque de la peste. Espérons que les mentalités changeront suffisamment pour permettre à ces belles créatures de retrouver le droit d’exister. Un projet encourage les ibis à retrouver leur vie d’oiseaux migrateurs, ils sont ainsi équipés de balises pour qu’on puisse suivre leur parcours. Certains se perdent, certains reviennent, d’autres restent en Afrique …. Cela prendra sans doute encore un certain temps avant que ces oiseaux ne retrouvent leur vie d’avant.

 

Lémurien

Viennent ensuite les adorables lémuriens, dorénavant une grande famille, qui se blottissent contre le froid, bien serrés les uns contres les autres, entourés de leurs longues queues rayées, formant des ensembles d’une grâce exquise. D’autres individus bondissent de branche en branche, tels des hybrides entre singe et chat. Dans deux enclos voisins, on trouve deux fossas, de grands chats au pelage couleur caramel, avec une tête de chien, un mâle et une femelle qui doivent être séparés, car autrement ils s’entretueraient. Il n’y a que trois jours environ dans l’année au cours desquels un accouplement serait envisageable sans effusion de sang…. reste à savoir lesquels ! Le fossa étant en voie d’extinction, le Bioparc aimerait beaucoup réussir à les faire se reproduire. La mère restant avec ses petits pendant une année, il faudrait alors les transférer à Madagascar, dans l’espoir de leur permettre de retourner à la vie sauvage. Ce n’est que là-bas qu’on trouve des fossas et des lémuriens.


Les suricates ont aussi une histoire intéressante. Endémiques à l’Afrique du Sud, ils vivent en troupeau, guettant l’ennemi en se tenant debout sur leurs petites pattes. Un de ces individus a été saisi chez un particulier qui le détenait comme un chat d’appartement. Billy - c’est son nom - a désormais trouvé des copains de son espèce, avec lesquels il peut creuser des galeries dans le sable de leur enclos. Il est bien sûr triste de vivre enfermé et loin de son pays, mais au moins, Billy n'est plus seul et a une vie un peu plus proche de ce qu’elle devrait être. Il lui serait impossible de retrouver la liberté, car il est bien trop imprégné de l’homme. Une nouvelle génération de suricates est née en 2024, signe que ces adorables petites bêtes se portent bien.


Un majestueux pygargue à tête blanche - l’aigle emblème des Etats-Unis - vous contemple du haut de sa branche. Il est apprivoisé et, pendant le confinement dû au Covid, il a pu voler en liberté. Ce n’est malheureusement plus possible, car bien trop dangereux, le Bioparc étant littéralement sous la voie d’approche des avions arrivant à Cointrin. Un déménagement sur un nouveau site, plus grand, plus beau, est prévu pour 2029, à Thônex (Belle-Idée). Ce nouveau lieu s’annonce magnifique.

Fossa


Viennent ensuite les deux lynx Max & Moritz. Encore une histoire triste : un monsieur gardait ces deux félins chez lui, dans un enclos bien trop petit pour eux. En outre, les lynx sont solitaires, jamais un père et son fils ne vivraient ensemble dans la nature. Ils sont pourtant devenus inséparables, solidaires dans leur vie artificielle, qui les prive de chasse dans de grands espaces…. Quand l’un deux mourra, l’autre le suivra certainement très vite, car il ne pourra sans doute pas supporter de vivre seul. Le Bioparc abrite également un raton laveur, ainsi qu’un raton crabier, son équivalent sud-américain. Les invendus de chez Coop sont récupérés pour nourrir les animaux et c’est ainsi que les ratons mangent des huîtres pendant la période des fêtes ! 


Il y a encore le chat savannah, qui est un croisement artificiel entre un serval (chat sauvage africain) et un chat domestique. Ce sont certes de belles créatures, mais aussi des caprices d’humains qui se prennent pour dieu. En Suisse, ce genre de croisement contre nature est interdit (article 86 de lOrdonnance sur la protection des animaux (OPAn)) et il est également interdit de détenir de telles bêtes, à moins d’avoir un permis spécial, qui atteste des compétences nécessaires pour s’occuper d’un animal sauvage. 


On peut encore voir un serval, un hibou grand-duc et des harfangs des neiges (Hedwige dans Harry Potter), entr’apercevoir des ratons laveurs qui dorment. Un peu plus loin, des wallabys - dont un albinos - et trois chameaux. A noter que les chameaux n’ont de dents que sur la mâchoire inférieure, tout comme les chèvres qui partagent leur enclos - est-ce pour cela qu’ils cohabitent harmonieusement ? Les chameaux (2 bosses) vivent en Asie, alors que les dromadaires (1 bosse) vivent en Afrique. Cela est dû aux différences climatiques entre les deux continents et aucune inversion n’est possible (à moins qu’on ne soit dans un zoo). A noter que les fœtus de dromadaires ont deux bosses, qui finissent par fusionner à la naissance. 


On peut ensuite découvrir le muntjac, un cervidé endémique à la Chine et à Taïwan. Le mâle perd ses cornes après l’accouplement, tout comme le paon qui perd, lui aussi, ses belles plumes lorsqu’il n’a plus besoin de séduire.


Le Bioparc pratique la zoothérapie ou Intervention Assistée par l’Animal (IAA) avec des lapins, des chameaux ou encore les chèvres du cirque Knie (qui n’a plus du tout d’animaux, à l’exception des chevaux). Ces chèvres ont totalement l’habitude du bruit, des mouvements brusques et du contact avec l’humain, elles aiment être au centre de l’attention et sont donc extrêmement bien adaptées à cette tâche. Une école pour autistes, située juste à côté du Bioparc, profite de ces séances d’IAA, tout comme certains EMS, dont les résidents viennent en visite pour échanger avec les chameaux ou des lapins.


Enfin, lorsqu’on a déjà les yeux plein de découvertes, il reste encore tout le coin des oiseaux à voir, avec des perruches, des aras, des martins chasseurs, des perroquets aux couleurs vives. A entendre les cris qu’ils poussent, on comprend bien que ce n’est pas un animal de compagnie très commode, surtout en ces temps de télétravail. 


Le Bioparc soigne régulièrement des hérissons et des renards, qui sont relâchés dans la nature dès que possible. Tous les animaux retournent à leur milieu naturel pour autant que leur état le leur permette. Deux chatons sylvestres ont été recueillis par le parc. Personne ne peut les voir, afin qu’ils restent sauvages et puissent retrouver la forêt quand ils seront assez grands.


Janus, la tortue bicéphale

Enfin, dans une catégorie à part, il y a Janus, la tortue bicéphale qui réside normalement au Musée d’histoire naturelle (actuellement en travaux). Janus est siamois jusqu’au nombril, autrement dit, il a deux têtes, deux cœurs, quatre poumons, deux estomacs, mais un seul intestin, une seule vessie. Il ne pourrait évidemment jamais survivre dans la nature, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas la place de rentrer ses deux têtes dans sa carapace, pauvre bête…..


Le Bioparc ne reçoit aucune subvention et parvient à tourner grâce aux dons et à quelques sponsors. On peut les soutenir en achetant quelques babioles dans leur boutique : porte-clés, vins, t-shirts, plumes de paon, peluches ….. On peut également parrainer un animal ou réserver un créneau de nourrissage de lémuriens ou de promenade de cochons kune kune en laisse. Les enfants peuvent y fêter leur anniversaire. 


Le parc est ouvert tous les jours et la visite est dorénavant réservée aux membres, avec la possibilité de devenir membre d’un jour (10,-).


https://bioparc-geneve.ch/

mardi 11 février 2025

Le Palais Idéal du Facteur Cheval

 


« Ce n’est pas le temps qui passe, mais nous »
 
« En créant ce rocher, jai voulu prouver ce que peut la volonté. »


Voilà quelques unes des paroles de sagesse qu’on peut lire sur cet étrange monument qui se trouve à Hauterives, dans le nord de la Drôme : le Palais Idéal du Facteur Cheval, dont la construction a duré 33 ans, de 1879 à 1912. Son architecte et bâtisseur, Ferdinand Cheval, est décédé il y a maintenant exactement 100 ans. Il passait pour un original et un doux dingue à son époque, mais aujourd’hui son œuvre est devenue une attraction touristique et artistique connue dans le monde entier. Son style appartient à l’art naïf, mais aussi à l’art brut, compte tenu du profil psychologique de ce créateur hors-normes. En effet, on soupçonne quil était autiste asperger. Ce comportement aussi tenace quobsessionnel semble en effet pointer dans cette direction. Pendant ses tournées de distribution du courrier - il parcourait 32 km à pied tous les jours - il ramassait des cailloux, des pierres et des coquillages. Il passait ensuite ses nuits à pétrir de la chaux, du ciment et du mortier, s’aidant de fils de fer, utilisant ainsi les techniques du béton armé avant l’heure. Une fois son palais achevé, il a encore consacré 8 ans à bâtir sa propre sépulture - le Tombeau du silence et du Repos sans fin - qu’il a réussi à terminer deux ans avant sa mort. 




Au XIXème siècle, la France était extrêmement pauvre et Ferdinand Cheval a eu la chance de pouvoir aller à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. Il a tout d’abord travaillé comme boulanger - d’où le pétrissage de ses matériaux de construction - mais a ensuite trouvé un emploi comme facteur, étant donné qu’il savait lire. Le tourisme en était à ses balbutiements et Ferdinand Cheval a certainement trouvé son inspiration dans les illustrations des cartes postales qu’il distribuait. Car on trouve toutes sortes de cultures lointaines parmi les innombrables convolutions de son palais. Il y a fait figurer un château du Moyen-Âge, une maison carrée d’Alger, un chalet suisse, une maison blanche, un temple hindou, une mosquée … Le palais est également décoré de trois géants et de colonnes barbaresques, d’une niche aux hirondelles, d’un musée antédiluvien, d’une crèche merveilleuse et de toutes sortes d’animaux, y compris des gargouilles. Sa construction s’appelait tout d’abord Le Temple de la Nature. Ici et là, on peut lire des aphorismes ou déclarations en tout genre, comme par exemple « Ce rocher dira un jour bien des choses » ou encore « Sur cette terre, comme l'ombre nous passons. Sortis de la poussière, nous y retournerons ». On peut facilement passer une heure ou deux, voire davantage, à flâner dans et autour de ce petit château de contes de fées, tant il y a de détails surprenants à observer. André Malraux, alors Ministre de la Culture, a eu la clairvoyance de classer le site Monument historique en 1969, alors que d’autres estimaient que ce n’était qu’un « affligeant ramassis d’insanités ». Ferdinand Cheval était également admiré d’André Breton, Picasso et Max Ernst, à qui il a inspiré des œuvres, tout comme à Nikki de Saint Phalle. Son œuvre a été découverte et reconnue encore de son vivant, ce qui a permis à son travail d’être enfin apprécié à sa juste valeur. Aujourd’hui, le Palais Idéal accueille 200.000 visiteurs par an. 


Peut-être qu’il vous arrive, à vous aussi, d’admirer les jolis cailloux qu’on trouve sur les plages de galets, qui ont parfois des formes et des motifs intéressants ou surprenants. Les personnes qui collectionnent des cailloux s’appellent des « chiens de roche ». Certains s’amusent à bâtir des « cairns », c-à-d des cailloux empilés dans un exercice d’équilibrisme zen. Cette mode est toutefois néfaste pour l’environnement, surtout si elle encourage les touristes à exhiber ensuite leurs œuvres tellement instagrammables sur les réseaux ! Cela finit par perturber l’équilibre naturel au point qu’il est devenu nécessaire d’infliger des amendes aux émules du Facteur Cheval, qui espèrent ainsi se rapprocher un peu de Bouddha. Par exemple, à Nice, vous risquez 38€ damende si vous emportez des cailloux. Un touriste revenant de Sardaigne s’est fait pincer avec 41 kg de galets - qui ont été saisis et remis à leur place. La municipalité d’Étretat a fait passer un message à la télévision, exhortant les visiteurs à ne pas emporter leurs précieux galets. On estime que les vacanciers en embarquent environ 400 kg par jour. Une brave personne, prise de remords, a mis ses quatre galets dans une enveloppe et les a renvoyés à Étretat. Ce petit geste n’est, évidemment, qu’une goutte d’eau dans l’océan Atlantique …. 



Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dit-on en français. Les personnes qui vivent dans des maisons en verre feraient mieux de ne pas lancer de cailloux, dit-on en anglais et en allemand. Il faut collectionner les pierres quon vous jette, cest le début dun piédestal - aurait dit Hector Berlioz. Alors si quelqu’un cherche à vous lapider…. vous pourrez toujours commencer à bâtir un piédestal, à défaut de bâtir un palais !

jeudi 26 septembre 2024

Une visite guidée au CERN - le Conseil européen pour la Recherche nucléaire


Il est dorénavant possible d’organiser des visites guidées pour groupes au CERN. Il a fallu attendre bien longtemps avant que cela ne soit possible. Autrefois, il fallait connaître quelqu’un à l’intérieur de l’organisation, il fallait venir avec son propre minibus et attendre environ 6 mois avant qu’un créneau se libère. Ensuite, tout a été bloqué et stoppé, le temps qu’ils construisent leur tout nouveau Centre des Visiteurs, le Portail de la Science, conçu par Renzo Piano et inauguré en octobre 2023 : une exposition permanente, située dans deux cylindres qui enjambent la route, évoquant les tubes de l’accélérateur de particules. Tous les jours, des exposés et diverses activités sont proposés (voir visit.cern). On peut également participer à des visites guidées individuelles, mais qui sont à réserver le jour-même, sur place, en prenant le risque que tout soit complet. Un tel système est évidemment impossible à gérer pour de plus grands groupes. Les gens sont très enthousiastes et désireux de découvrir ce site mythique. Les visites sont prises d’assaut et le Centre des Visiteurs fourmille constamment de monde. Toutes les activités, ateliers, vidéos et visites proposés sont entièrement gratuits. Il s’agit sans doute d’un effort de relations publiques pour mieux se faire connaître du public, mais aussi pour satisfaire l’immense curiosité pour les activités extraordinaires déployées par le CERN. En vertu de l’article II de sa Convention*), « l'Organisation s'abstient de toute activité à fins militaires et les résultats de ses travaux expérimentaux et théoriques sont publiés ou de toute autre façon rendus généralement accessibles ». Toutes les données deviennent publiques au bout de trois ans. Le CERN ne fonctionne donc pas dans une finalité commerciale.

 

Le CERN a vu le jour au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de recréer un centre d’excellence en Europe, après que de nombreux scientifiques et chercheurs ont dû s’exiler aux Etats-Unis. Il rassemble 24 États européens et collabore avec de nombreux États extra-européens. Les Etats-Unis, l’Inde ou le Pakistan, par exemple, ont le statut d’observateur. Entre le personnel permanent, les chercheurs en résidence ou les universitaires de passage, on compte en moyenne 10.000 personnes présentes par jour sur le site à Meyrin. Pour travailler au CERN, il faut toutefois être ressortissant d’un des Etats membres. Le budget annuel tourne autour de 1 milliard CHF. 


Plusieurs modèles d’accélérateurs de particules se sont succédé au cours de ces 70 dernières années. Le synchrocyclotron, qui date de 1957, est dorénavant mis à la retraite. Le synchrotron à protons (1959) lui a succédé, puis le super synchrotron à protons (SPS, 1976), l’accélérateur proton-antiproton (1983) et enfin le grand collisionneur électron-positon, le LEP (1988), qui a été stoppé en 2000, afin de permettre la construction du LHC, le grand collisionneur de hadrons (2008). Le LHC tourne H24 et n’est mis à l’arrêt que pour Noël et pendant deux semaines en hiver. 




L’excavation du tunnel du LEP était le plus gros chantier en Europe, avant le tunnel sous la Manche. Les particules tournent dans un circuit de 27 km, doté de milliers d’aimants supraconducteurs et de structures accélératrices, à une vitesse quasi équivalente à celle de la lumière : un proton fait 11 fois le circuit de 27 km en une seconde. A noter que la majeure partie de l’anneau que forme le LHC se trouve sur le territoire français, entre 60 et 110 m sous terre, bien que le siège du CERN soit en Suisse. Sur le parcours d’accélération, se trouvent des détecteurs portant des noms tels que CMS (Compact Muon Solenoid) ou encore ALICE (A Large Ion Collider Experiment), qui permettent d’observer les collisions des particules qui parcourent l’anneau en sens inverse, de sorte à provoquer des collisions - l’occasion d’entendre le mot « collimateur » au sens propre du terme. A noter que le LHC qui a succédé au LEP utilise le même tube de 27km de circonférence. L’observation et la détection des collisions produisent 40 terabytes/seconde de données, qui sont filtrées, pour ne garder finalement « que » 200 GB/seconde. 


Le CERN a le projet de construire un nouvel accélérateur, le FCC ou Futur Collisionneur Circulaire, d’une circonférence de 91 km et situé à 200 m sous terre, un projet dont le devis s’élève à 15 milliards CHF. Son but est de comprendre encore mieux les lois fondamentales de la physique. Les milieux écologistes y sont opposés, à cause du chantier immense qu’entraînera cette nouvelle construction et de son impact sur le climat. Toutefois, la Chine travaille sur le même projet et, s’il ne se fait pas en Europe, la recherche fondamentale partira à l’autre bout de la planète. Il convient alors de se demander ce qui doit primer : la recherche ou la protection de la nature ?  



Comme chacun le sait, le World Wide Web a été lancé au CERN en 1989. Son usage premier était de permettre l’échange de gros volumes de données et d’informations entre chercheurs. Même s’il ne s’agit pas directement du fruit des recherches faites au CERN, nul ne contestera que cette découverte a totalement bouleversé notre monde, en moins de 40 ans. Internet serait probablement né de toute façon, il aurait succédé au Minitel, si populaire en France entre 1980 et 2012. Le touchscreen a également été inventé au CERN. D’autres découvertes sont plus confidentielles, comme par exemple certaines applications médicales (thérapie à base de hadrons pour traiter le cancer ou encore l’installation MEDICIS à base de radioisotopes pour la thérapie et le diagnostic). Il vaut certainement la peine pour le CERN de mieux se faire connaître du public.


Le 29 septembre 2024, le CERN fêtera ses 70 ans, qui seront célébrés avec une journée Portes Ouvertes. 


Pour plus de détails techniques et une visite virtuelle, voir home.cern 


*) Convention pour l’Établissement d’une organisation européenne pour la recherche nucléaire (1953)




samedi 31 août 2024

Saint-François d’Assise de Olivier Messiaen

Mise en scène d'Adel Abdessemed

Au printemps de cette année, j’ai eu la chance et le privilège de pouvoir participer, en tant que choriste, aux représentations de l’opéra Saint-François d’Assise d’Olivier Messiaen (1908-1992) au Grand Théâtre de Genève (avril 2024). Bien que Messiaen ait composé de nombreuses œuvres, il n’a écrit qu’un seul opéra. Saint-François a été créé en 1983 à l’Opéra de Paris, avec Jose van Dam dans le rôle-titre et Seiji Ozawa à la direction. Parmi les autres grands chefs d’orchestre à s’être attaqué à cette œuvre monumentale (plus de quatre heures), une mention toute particulière va à Kent Nagano, qui dirigeait par cœur, ce qui n’est pas une mince affaire, si l’on songe que la partition fait 2200 pages et pèse environ 18 kg ! Quant aux effectifs sur scène, il faut compter 120 musiciens, 150 choristes et neuf solistes, dont une seule femme (l’Ange).


Chaque personnage est accompagné d’un leitmotiv qui lui est propre et qui suit les lignes mélodiques d’un chant d’oiseau, tel que l’alouette, la fauvette à tête noire, la fauvette gérygone, le philemon de lIle aux Pins, la rousserolle effarvatte… On entend plus de 30 chants d’oiseaux différents dans cet opéra : le chant du troglodyte, de la linotte, du roselin cramoisi, du merle bleu, du rossignol à ventre jaune, du traquet à tête grise… Il s’agit d’oiseaux du Japon, de Mélanésie, du Maroc, de Corse, de Suède, dItalie et même de Nouvelle-Calédonie : « Je nai jamais entendu ces oiseaux dans notre Ombrie », objectera très justement Frère Massée. Messiaen était passionné par les oiseaux, il était d’ailleurs non seulement compositeur et organiste, mais aussi ornithologue. Saint François d’Assise étant connu pour son art à communiquer avec les oiseaux, le personnage ne pouvait que toucher le compositeur : « Saint François est en quelque sorte pour moi un confrère, je suis ornithologue et il prêchait aux oiseaux. » 


Si la multitude d’oiseaux ressemble à un inventaire de Prévert, que dire alors de l’orchestre ? On y trouve de nombreuses percussions, l’opéra démarre d’ailleurs par un thème au gamelan balinais souvent répété tout au long du spectacle ; également des xylophones, un xylorimba, un glockenspiel, un vibraphone, des marimbas, timbales et cymbales ; pas moins de six cors et huit contrebasses, seize cuivres, une clarinette contrebasse, un héliophone, des maracas, des gongs, un reco-reco, des crotales (non, pas le serpent !), des cloches tubulaires, des tam-tams, un géophone, une plaque-tonnerre …. mais pas le moindre raton laveur ! Tout ceci en sus des banals violons et autres clarinettes. La pièce maîtresse dans le rare et l’étrange est l’onde martenot, il n’y en a pas moins de trois ! Cet instrument étrange, un peu tombé dans l’oubli, est un piano électronique, inventé en 1918, qui crée des sons de fantôme et de soucoupe volante. C’est un précurseur des synthétiseurs et une sorte de cousin du thérémine, inventé quasi simultanément en Union soviétique, en 1919. Dans les années 1990, la belle-sœur ondiste - une personne qui joue des ondes martenot - de Messiaen, Jeanne Loriod a contribué à la mise au point de l’ondea, une version remaniée qui a servi dans la musique populaire moderne. La production d’ondes martenot a cessé en 1988, autrement dit, les trois instruments sur la scène du Grand Théâtre de Genève étaient des spécimens rares et relativement anciens.
 


Le prêche aux oiseaux au deuxième acte est un véritable feu d’artifice de chants multicolores. Dans ce fouillis organisé - le terme est de Messiaen - qui ne doit rien au hasard, Messiaen a voulu transcrire les myriades de couleurs déversées par les vitraux d’église, exprimant ainsi sa foi sincère. L’opéra - ou opératorio - porte le sous-titre « scènes franciscaines », on n’y trouve aucune trace d’un drame amoureux ou d’une vengeance sanglante. Cette fois-ci, ce n’est pas la soprano qui meurt à la fin, mais Saint-François, exalté de retrouver son créateur. L’œuvre est classée parmi la musique contemporaine. 


Saint-François d’Assise est une œuvre éminemment pieuse, aussi mystique que statique, qui parle beaucoup aux personnes croyantes. Messiaen était profondément catholique, passionné d’oiseaux et de musique. Étant aussi synesthète, il voyait la musique en couleurs. Il s’est intéressé à la musique traditionnelle indienne, japonaise, balinaise, ainsi qu’aux rythmes grecs. Entré au Conservatoire de Paris à l’âge de 11 ans, il obtient cinq prix dont ceux dorgue et de composition. A l’âge de 22 ans, il devient l’organiste titulaire de l’église de la Trinité à Paris, poste qu’il occupera pendant 61 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Messiaen a été fait prisonnier par les Allemands. Il passera son temps à analyser des partitions pour oublier la faim et composera le Quatuor pour la fin des temps pour les instruments disponibles dans son stalag (1941). De nombreux grands compositeurs modernes seront ses élèves, parmi lesquels Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Mikis Theodorákis, Lalo Schifrin ou encore Iannis Xenakis, parmi bien d’autres.



Olivier Messiaen a entamé la composition de Saint-François d’Assise à l’âge de 67 ans et l’a terminée à 75 ans. Il a encore composé une pièce pour piano et quatuor à cordes à 83 ans, une année avant son décès. La vieillesse n’est donc pas forcément un naufrage, comme l’affirmait le Général de Gaulle. Quant à Saint-François, il a été canonisé en 1228 par le pape Grégoire IX et Jean-Paul II l’a fait patron de l’écologie en 1979 (voir le Cantique des créatures). On lui attribue une prière pour la paix, parue en 1912, qu’il a sans doute écrite sur son nuage au paradis. Espérons que Dieu, quel qu’il soit, l’entendra enfin !


 

Prière pour la paix

Parue pour la première fois en 1912, rédigée par l'abbé Bouquerel. Reprise ensuite par des pacifistes protestants qui ont été les premiers à l’associer à Saint-François d’Assise.


Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Oh Seigneur, que je ne cherche pas tant à

être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.


Liste des percussions utilisées dans SFA (merci ChatGPT)


**Instruments à peau :**
- Grosse caisse
- Caisse claire
- Tambourin
- Tom-Toms
- Timbales
- Tambours basques

**Instruments métalliques :**
- Tam-tams de différentes tailles
- Cymbales (suspendues, crash, splash)
- Triangle
- Dong (gong chinois et autres gongs)
- Cloches tubulaires
- Carillon (cloches)
- Crotales (petites cymbales accordées en métal, jouées avec des baguettes)
- Cloches de bétail

**Instruments à lames :**
- Xylophone
- Marimba
- Vibraphone
- Glockenspiel (jeu de cloches)
- Tubes accordés

**Autres percussions :**
- Wood-blocks
- Castagnettes
- Maracas
- Güiro
- Flexatone
- Temple block


- Héliophone 
L'héliophone est un instrument très rare utilisé pour sa sonorité unique et distinctive. Bien qu'il ne soit pas couramment trouvé dans les orchestres standards, Messiaen l'utilise pour enrichir la texture sonore de son opéra. Il produit un son brillant et résonnant qui contribue à l'atmosphère céleste et mystique de l'œuvre.

- Plaque tonnerre :
La plaque tonnerre est une grande plaque en métal que l'on frappe pour imiter le bruit du tonnerre. Cet instrument est utilisé pour ajouter des effets dramatiques et atmosphériques, renforçant les moments de tension et de puissance dans la musique.