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samedi 22 décembre 2012

L’aula du Collège de Saussure



Le collège de Saussure à Onex dispose d'un très bel auditorium. Comme je le disais dans mon précédent texte, le choix d’une salle de spectacles est lié à toute une série de contraintes. La salle et la scène doivent être suffisamment grandes, sans être trop chères. On préférerait un lieu au centre ville, mais à défaut de grives, on mange des merles et c’est ainsi qu'on est parfois contraint de choisir l’aula du Collège de Saussure. Il s’agit d’une salle pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes et qui sert au collège jusqu’à 18h. Au-delà, il s’agit d’une infrastructure indépendante, avec des coulisses, des loges et une régie son et lumière.
En répétition
La salle est peu connue et difficile à trouver pour des gens peu aventureux et il vaut la peine de venir faire un repérage à l’avance. Le tram vous amène tout près (ligne 14, arrêt Les Esserts), mais ensuite, il faut cheminer dans l’obscurité sans jamais vraiment savoir si va dans la bonne direction. Si on vient en voiture, il y a un parking public au shopping Lancy Centre, mais qui ferme à 21h30. C’est aux organisateurs du spectacle de payer un garde pour qu’il reste ouvert jusqu’à la fin de la représentation, ce qui augmente le coût de la location de la salle de 25%.

Les infrastructures scéniques sont plutôt bonnes, mais il n’y a aucun moyen de communication entre les coulisses et les loges. La location d’un système de casque et de micro entre la régie-scène et les lumières, indispensable pour donner le feu vert aux comédiens/chanteurs/chef d’orchestre/autre, coûte 200,-. Il faut payer plus de 1000,- pour pouvoir utiliser les lumières de scène. Il faut ensuite obligatoirement rémunérer le technicien du collège, car il est interdit de faire venir son propre technicien-lumières. Ainsi, une salle qui est plutôt bon marché au départ finit par coûter une somme rondelette.

A la sueur de ton front.....

Il y a un assez vaste espace à l’extérieur, une sorte de lobby, qui permet de monter un bar, pour lequel il faut demander une autorisation, payante, cela va de soi. Il n’y a toutefois ni point d’eau, ni évier (pour vider les fonds de verre ou se laver les mains), il n’y a pas de frigo non plus. Autrement dit, il n’y a pas de bar ni de buvette, c’est le système camping. Il faut en outre impérativement tout débarrasser chaque soir, si on ne veut pas subir les conséquences du passage des collégiens le lendemain. Il est possible d'emprunter un frigo, mais il doit être déménagé, aller et retour, chaque soir de représentation.

Les lieux sont bien conçus pour accueillir des spectacles. Les places en amphitéâtre offrent une bonne visibilité de partout. Les coulisses sont assez grandes, il y a plusieurs séries de rideaux qui permettent de dissimuler ce qui doit rester caché. Il est aussi possible de passer de cour à jardin sans devoir trottiner derrière la scène. Les loges sont grandes, mais il n’y a que deux cabinets de toilette (1x hommes, 1x dames) et une seule douche, condamnée. L’aula a dû être construit dans les années 1970 et n’est pas exactement moderne. Il n’y a par exemple pas de monte-charge et on le sent passer quand il faut transporter les décors, les costumes et tous les accessoires dont on a besoin (réverbères, fausse neige, petites maisons, plateaux de victuailles en plastic, poêle ancien, hareng, table, chaises, lit, tapis, etc...). Il n’y a pas de réseau mobile non plus, ce qui est très fâcheux lorsque des camarades sont restés dehors...

En effet, pour des raisons de (fausse) sécurité, les portes se rabattent et ne s’ouvrent pas de l’extérieur. En théorie. Un soir de représentation, les loges ont été visitées par des indésirables, qui ont malheureusement fait une très bonne soirée. Les gens n’ont toujours pas compris que Genève est devenue la Cité du Crime et qu’il ne faut jamais avoir plus de 20,- en liquide sur soi, dans sa culotte de préférence. Certaines personnes ont perdu beaucoup d’argent pour avoir eu la naïveté de penser que les portes empêchaient les gens d’entrer. Les portes s’ouvrent très facilement à l’aide d’un simple couteau, d’autant plus si les serrures sont à moitié bourrées de papier journal (de très vieux journaux). Les voyous qui rôdent dans le quartier sont sans doute mieux renseignés que l’Office du tourisme s’agissant du programme culturel de l’aula. Ils ont également le chic pour repérer les bleus qui ne se méfieront pas. Les voitures stationnées devant l’aula sont des proies faciles, il ne faut surtout rien laisser de visible sur les banquettes.


Si les spectacles ne font pas salle comble, c'est sans doute parce que le site n'est pas au centre ville, que le lieu est peu connu et pas commode à trouver. Il n’y a que les irréductibles culturophiles pour braver la neige et l’obscurité. 

Il convient de préciser que, de nos jours, des vols ont lieu partout et dans tous les vestiaires, y compris dans les piscines publiques. Soyez prudents!

vendredi 7 décembre 2012

Comment organiser un spectacle



Monter un spectacle est une véritable entreprise, dans laquelle il ne faut pas se lancer en ayant des papillons plein les yeux. Cela demande beaucoup d’argent, de la patience et tout un savoir-faire administratif en sus des aptitudes artistiques, cela va de soi.


Il faut commencer par trouver la salle qui convient, ni trop grande ni trop petite et surtout pas trop chère. La scène doit être suffisamment grande pour le spectacle envisagé, il doit y avoir la place pour un orchestre allant de 5 instruments et un piano à un ensemble de 18 musiciens selon le cas. Il doit y avoir des coulisses et des loges, ce qui n’était pas le cas de l’Alhambra de Genève, actuellement en rénovation. Evidemment, c’était avant tout un cinéma.  Ce sera certainement une salle superbe lors de sa réouverture, mais elle sera probablement hors de prix.


Il faut ensuite auditionner les chanteurs solistes, qui doivent être des professionnels confirmés, mais pas trop connus, car autrement leur cachet risque de peser trop lourd sur le budget. Il faut surtout trouver un chef d’orchestre compétent et capable, ce qui ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. En effet, on dirait qu’il ne fait qu’agiter les bras, mais tout repose sur lui, car il donne les départs non seulement aux musiciens, mais aussi aux solistes et aux choristes. Tout le monde doit avoir un coin d’œil sur lui, mais sans en avoir l’air.


Une fois qu’on sait quel spectacle on monte, où, à quelles dates et avec quels artistes, il ne reste plus qu’à trouver des sponsors. Les temps sont durs pour tout le monde et les entreprises ne veulent apposer leur logo que sur des valeurs sûres et des manifestations de grande visibilité. Les demandes de soutien doivent parvenir à la bonne addresse avant un délai bien précis, qu’il faut chercher sur les sites internet des mécènes potentiels. La Migros-pour-cent-culturel est un bienfaiteur très généreux. Elle offre généralement son service de billetterie, ce qui n’est pas négligeable. D’autres sources de revenus sont les annonces dans le programme, les consommations au bar pendant l’entracte et, bien sûr, la vente de billets. La Ville de Genève offre parfois l'affichage, ce qui est un coup de pouce appréciable.


Du côté des dépenses, ce ne sont pas les occasions de payer qui manquent. Il faut débourser pour la location de la salle, l’impression d’affiches et de flyers, les décors, les costumes…. Il faut vérifier auprès de la SUISA s'il y a des droits d'auteur à verser. Viennent ensuite toutes les assurances. A partir du moment où il faut rémunérer des chanteurs et des musiciens, on passe à un rapport employeur-salarié, avec toutes les charges que cela représente. Il faut déclarer les artistes à l’AVS et payer les cotisations sur leurs cachets. Il faut contracter une assurance accidents, ainsi qu’une assurance RC. En effet, l’Etat, qui loue certaines salles, n’a pas de RC couvrant les spectateurs au cas où gradin s’écroulerait, par exemple. Il peut encore y avoir d'autres coûts imprévus, comme par exemple un parking ouvert tard le soir pour les spectateurs. Sans possibilité de se garer, le public hésitera à se déplacer.


Quant à la salle proprement dite, il faut pouvoir définir exactement ses besoins :  faut-il un piano,  un ou plusieurs micros, des projecteurs vidéo ou encore une régie son et lumière. Pour pouvoir utiliser de vraies flammes sur scène, des bougies par exemple, il faut prévoir la présence – payante, cela va de soi – d’un pompier. C’est pourquoi les bougies sont généralement factices, de loin, on n’y voit que du feu, c’est le cas de le dire.

Il faut ensuite demander l’autorisation d’organiser une buvette. Ladite demande doit être adressée au Service du Commerce, dont la réponse doit parvenir aux organisateurs trente jours ouvrables avant le début de la manifestation. Toute source de revenus doit être dûment encadrée par les services de l'Etat.


La date de la première s’approchant à grand pas, il faut commencer à faire de la promotion et faire connaître le spectacle. De nombreuses petites mains s’affairent alors à distribuer des flyers devant les salles de concert et à coller des affiches dans les commerces et les restaurants. On parvient parfois à obtenir des interviews à la radio, un article dans la presse locale ou encore plusieurs petits encadrés dans diverses gazettes de quartier. Le courrier électronique aux amis et connaissances, ainsi que facebook viennent compléter les efforts de relations publiques.

Ne reste plus qu’à espérer que le Département de l’urbanisme ne décide pas de restreindre, de suspendre ou d’annuler la location sans indemnité en cas de justes motifs (besoins scolaires, travaux, manifestation officielle), comme il en aurait le droit. Ne reste plus qu’à espérer que le spectacle ne dépassera pas 93 décibels par intervalles de 60 minutes, car autrement, les organisateurs s'exposent à des sanctions pénales (ce genre de règlement ne semble pas s’appliquer aux festivités du Nouvel an organisées par la Ville). Ne reste plus qu’à espérer que le public sera au rendez-vous et qu’il viendra nombreux. Ne reste plus qu’à espérer qu’il n’y aura pas de boulette majeure sur scène et qu’aucun des solistes ne soit aphone ou souffrant, si on n'a pas les moyens d'avoir des doublures.

La RéBUlique veille sur nous...
Ne reste plus qu'à croiser les doigts pour que de généreux mécènes soient charmés par la prestation scénique… cela permet d’aborder de nouveaux projets avec plus de sérénité.

mardi 17 janvier 2012

Dans les coulisses de Roméo et Juliette

Un cheminement lyrique qui se déroule depuis neuf mois vient d’aboutir et de s’achever : l’apprentissage, la préparation, les répétitions et les cinq représentations de l’opéra über-romantique de Charles Gounod, Roméo et Juliette, au théâtre de l’Alhambra de Genève. Le moment est maintenant venu de vivre un deuil, non plus celui des amants de Vérone, non pas la fin des haines séculaires, qui virent naître leurs amours…. mais la fin de notre deuxième vie, celle de la scène, celle de l’émotion, celle de la musique et de l’amitié qui nous ont accompagnés et liés pendant tous ces mois. Ce sera aussi la fin d’une barbe de circonstance que les hommes se sont laissé pousser, afin de mieux incarner leur personnage.


José Pazos
Cette œuvre, je la connais maintenant par cœur, l’ayant entendue environ 1.528 fois, dans l’ordre et dans le désordre, avec ou sans solistes, avec piano, avec orchestre et, ces derniers jours, des coulisses. Loin de m’en lasser, je l’apprécie de plus en plus, car je ne cesse d’en découvrir de nouvelles facettes. La musique de Gounod pénètre directement dans mon cœur, mon corps et mon cerveau précisément parce que je la connais maintenant si bien.

Ce qui est frustrant, c’est que nous avons passé tous ces mois à mettre au point cette représentation pour que le public soit ravi et comblé et nous voilà condamnés à ne pas voir le produit fini, car nous devons rester dans les coulisses, nous taire et nous tenir tranquilles. Les répétitions nous ont toutefois permis de voir ce qui se passe sur scène, ainsi, lorsque j’entends la harpe jouer une série de notes ascendantes, je vois - glouglouglouglou - Roméo boire le poison qui lui sera fatal. Quelques petits espaces permettent aussi d’espionner l’action, mais les places y sont rares.

Ce spectacle sera un des derniers avant la rénovation de l’Alhambra, théâtre oh ! combien charmant mais terriblement vétuste. Etant donné que la salle était conçue pour être un cinéma, elle n’a pas de véritables coulisses, ni de loges ; aucune isolation phonique à l’arrière-scène, aucune isolation thermique non plus et pas de moniteurs permettant de suivre ce que voient les spectateurs. Lorsque les choristes n’interviennent pas, ils se tiennent cois, enveloppés dans des châles, des écharpes et des laines polaires et font de leur mieux pour résister à la tentation de bavarder avec leurs camarades. A noter que les enfants étaient souvent plus disciplinés que les adultes!


En coulisses, nous vivons le revers du spectacle : nous voyons arriver un Roméo prosaïque, qui empoigne une bouteille d’eau, alors qu’un instant auparavant, il soupirait encore d’amour ; nous voyons revivre Tybalt et Mercutio, pourtant tous deux morts dans un combat à l’épée ; en coulisses, les hommes chantent Mystérieux et sombre, Roméo ne nous entend pas ! et nous, les femmes, chantonnons avec eux, sotto voce ; les uns et les autres font aussi du play-back avec les solistes, c’est une occasion rare, il faut la saisir ! Les porteurs de lunettes remettent leurs bésicles dès qu’ils sortent de scène. Chacun a un rôle à jouer, en sus de notre personnage de citoyen de Vérone, qu’il s’agisse de déplacer des éléments scéniques, de recoudre des boutons, de cuisiner des quiches et des gâteaux pour l’entracte, de construire ou de démonter le décor, de faire des relations publiques, de recoller des bottes, de s’occuper de la billetterie ou du programme. Chacun a la possibilité de mettre la main à la pâte et d’apporter sa pierre à l’édifice. Et le résultat est tout simplement magnifique !


Un déluge de compliments nous parvient jour après jour et notre bonheur à jouer cette pièce s’en trouve chaque fois décuplé. Il y a de nombreux néophytes et béotiens parmi le public, des gens qui viennent voir leurs amis ou leurs parents sur scène et qui découvrent que l’opéra, ce ne sont pas forcément des walkyries statiques qui poussent des cris aigus pendant des heures, mais que c’est au contraire l’émotion à l’état pur : la haine, l’amour, la mort, le chagrin, la réconciliation et bien d’autres choses encore. Certaines personnes ont trouvé le prologue si oppressant qu’elles n’étaient pas certaines de pouvoir rester jusqu’au bout, d’autres ont pleuré, d’autres encore sont revenues plusieurs fois. Quelle chance nous avons de pouvoir assister à toutes les cinq représentations ! Et quelle tristesse maintenant que tout ceci est derrière nous ! Espérons que nous pourrons renouveler cette expérience.

Je compare souvent ma profession à celle de chanteur lyrique: les compétences requises s’acquièrent généralement dès l’enfance ou l’adolescence. Comme eux, nous sommes payés au contrat ou au cachet et avons des engagements irréguliers et sporadiques, dont la fréquence dépend non seulement de nos compétences, mais aussi de notre renommée. Nous travaillons avec notre voix et redoutons les bronchites et les extinctions de voix, car si nous ne pouvons pas travailler, nous ne sommes pas payés non plus. Les deux professions sont auréolées d’un certain prestige, alors qu’elles sont des plus précaires. Nous travaillons souvent hors de notre domicile, ce qui implique des valises et des nuitées d’hôtel et nous avons par conséquent des vies de couple parfois difficiles et les amitiés se perdent.

On pourrait aussi comparer les tessitures aux cabines: toute œuvre aura une soprano et un ténor (la cabine anglaise et la cabine française), souvent une basse (la cabine espagnole et/ou allemande), parfois une alto (la cabine russe) et, plus rarement un contre-ténor (la cabine japonaise ou turque), à la différence que nous travaillons toujours à deux et que les sons que nous produisons sont bien moins harmonieux. Il semblerait que les musiciens d’orchestre aient le même type de conditions de travail que nous, c’est-à-dire 2 x 3 heures de travail maximum par jour, mais eux, ils arrivent à faire respecter cette limite. Je peux bien m’imaginer que leur travail demande le même genre de concentration intense que le nôtre.

L’opéra est un art très complet, car il ne suffit pas d’avoir des qualités vocales, mais il faut aussi savoir transmettre l’émotion et être capable de se rattraper si une réplique manque ou si un poignard vient à tomber au mauvais moment. Savoir l’allemand, l’italien ou le russe, savoir danser ou encore manier l’épée seront bien sûr des atouts!




Distribution :  José Pazos (Roméo), Sacha Michon (Capulet), Sébastien Eyssette (Tybalt), Davide Autieri (Mercutio), Nathanaël Tavernier (Frère Laurent), Etienne Hesperger (Gregorio), Larissa Rosanoff (Stephano), Marcos Garcia Gutiérrez (le Duc), Jean-Claude Cariage (Pâris). Direction d’orchestre: Nicolas Le Roy



dimanche 20 novembre 2011

La Revue 2011 - Double cuvée


Cela va bientôt faire vingt ans que je vais voir la Revue genevoise. Ma première fois était aussi celle de Marie-Thérèse Porchet, son personnage y a été créé (1993), cela vous donne une idée de ma fidélité à ce spectacle populaire, qui revient chaque année avec la régularité des vendanges. Depuis trois ans, une nouvelle équipe a repris la création du spectacle, à savoir Philippe Cohen et Gaspard Boesch. Ils ont bien évidemment apporté un style tout neuf, un langage scénique et humoristique qui est le leur, sans rapport avec ce qui se faisait autrefois.

S’il est vrai que leur première cuvée m’avait plutôt séduite, avec de nombreuses innovations et créations, j’avais déjà été dérangée et frustrée par une écriture beaucoup trop dense. Même si les comédiens professionnels font de leur mieux pour bien articuler, pour le spectateur qui écoute, sur une durée de 2 x 1h30, cela finit par devenir difficile à assimiler et on renonce à essayer de suivre le texte, surtout dans les chansons. J’avais aussi observé que la musique avait été choisie dans la discothèque personnelle et favorite du metteur en scène.


Marie-Thérèse Porchet au Cirque Knie

En cette année 2011, au troisième spectacle du duo Cohen-Boesch, je me suis carrément ennuyée. Le cahier des charges précise-t-il que la Revue a pour but d’épingler l’actualité genevoise? Ils ont certes parlé de Pierre-François Unger, qui cherche à maigrir et qui fait des mamourettes au téléphones (on en parle tous les jours dans la presse, n’est-ce pas?); de Michèle Künzler qui est régulièrement saisie de vomissements (ah, oui, c’est bien connu); de Robert Cramer qui a un penchant pour la boisson (sont-ils au courant qu’il ne siège plus qu’à Berne? et ce gag commence à être vraiment éculé); d’Eric Stauffer qui se bagarre avec un parfait inconnu au bar du Conseil municipal - l’effet de ralenti était certes excellent, mais ils auraient dû le faire se battre avec un opposant quelconque, même symbolique, plutôt que, sans doute, le vrai protagoniste de l’affaire; ils ont étrangement épargné Sandrine Salerno, qui n’est mentionnée qu’en passant, alors qu’il y aurait de quoi faire un spectacle tout entier rien que sur elle; Darius Rochebin et Pascal Décaillet qui font des erreurs de liaison: c’est peut-être le cas, je ne regarde jamais la télé, mais je n’ai jamais entendu parler de ce problème; on les couvre de logos de sponsors, comme pour laisser entendre qu’ils se font acheter de toutes parts: gag ou intox? Un sketch sur DSK, une affaire bien genevoise en effet.... qui leur a permis de bien placer le logo de leur sponsor, le fitness Harmony à Balexert, 400,- de remise sur l’abonnement annuel, nous apprend le programme. Ils ont aussi réussi à citer un autre de leurs sponsors sur scène: IKEA. Pas un seul mot sur les frontaliers et le fait que ce sont de plus en plus souvent des Genevois qui ne trouvent pas à se loger; rien sur la manie du iPhone, du iPad, du iPod et autres tablettes; pas un mot sur la glauquitude de la gare ni son chantier. Il n’y avait que deux sketches qui étaient vraiment réussis selon moi: Genève en tant que Monopoly et Il était une fois la Rivolution, le printemps arabe façon Sergio Leone. Ça n’a pas vraiment sa place dans la Revue genevoise, mais peu importe, c’était très réussi. Ou encore Fukushima, avec Georges Baumgartner, à la rigueur.

Me sentant orpheline de l’ancienne Revue, certes beaucoup plus popu et bon enfant mais qui fait rire avec le gras du bide, je suis allée voir celle qui passait aux Automnales (ancienne Foire de Genève, précédemment Salon des Arts ménagers), avec une partie de l’ancienne équipe (Thierry Meury). Cinquante minutes, deux jolies danseuses en petite tenue, deux comédiennes, deux comédiens et un petit papy qui jouait du piano façon cabaret. Quel bonheur! Un petit spectacle sincère et sans prétentions, qui a abordé: les chantiers qui transforment la ville en labyrinthe, les cycloterroristes, les primes d’assurance maladie, la difficulté de trouver un emploi où un logement, l’eau minérale qui coûte plus cher que le vin au bistrot, les bénévoles Nez Rouge... bref, rien que des sujets très quotidiens, dans lesquels le spectateur peut se retrouver. Ils ont, eux aussi, fait un sketch sur DSK, sur la chanson d’Aznavour: les ennuis, les vautours, les emmerdes!


Thierry Meury en Aimé Pouly, dans l'ancienne Revue

S’il y a bien une chose que la nouvelle équipe n’a pas comprise, c’est que le principe d’une revue, même celles qu’on fait dans les mariages, est de prendre des chansons que tout le monde connaît et de les choisir en fonction de leurs paroles, qu’on ne modifie que légèrement. De façon générale, je trouve la nouvelle mouture très française, on n’a pas l’impression que ceux qui la créent soient du terroir. Gaspard Boesch essaie certes de faire le Niolu, le personnage du vieux g’nevois râleur et ronchon que Jo-Johnny faisait à la perfection, mais ça ne passe pas. On dirait un de ces Français méprisants et arrogants qui se moquent des ploucs genevois. Ils ont fait un sketch très mystérieux sur «le concierge d’école le mieux payé au monde». Ça ressemble à un règlement de comptes personnel - idem pour le sketch sur Anne Bisang - en tout cas, je n’y ai rien compris. Je n’ai rien pigé non plus aux paroles du sketch sur Sami Kanaan qui, parce qu’il est d’origine libanaise, a été illustré comme danseur oriental. J’espère qu’il ne leur a pas fallu trois mois pour pondre cette idée-là!

Le montage du spectacle annuel de la Revue devrait bientôt être remis au concours, j’ai hâte de voir si Cohen-Boesch remporteront à nouveau le contrat. Quoi qu’il en soit, j’attendrai de voir qui sera aux commandes avant d’y retourner. Le Petit Casino semble toutefois afficher complet, ma foi, ils ont trouvé leur public, même si ce n’est plus le même qu’autrefois. En sortant de la Revue des Automnales, j’ai entendu une dame dire à son compagnon exactement ce que je pense.

Alors rendez-vous en 2012, à la Revue des Automnales!


Jo-Johnny dans l'ancienne Revue

http://www.larvue.ch/larvue_wp/
http://automnales.ch/fr/animations/la-revue-des-automnales-0-2634

lundi 7 février 2011

Lettre à Julie

Chère Julie,

Internet et mon bon ami google m’ont aidée à trouver votre adresse. Ayant vu votre premier spectacle, basé sur vos chroniques à l’Encre Bleue, je me suis laissée tenter par votre deuxième incursion sur scène, avec C’est par où, la sortie ?, au Palais Mascotte. Je me disais bien que ce nouveau spectacle ne pouvait ressembler au premier, puisque vous avez pris votre pouêt-pouêt entretemps. Oui, votre retraite… Rien que le fait que vous n’osiez prononcer ce mot nous fait bien comprendre à quel point ce passage a été difficile et douloureux pour vous.

On vous sent aigrie et pleine de rancœur, comme si on vous avait mise à la porte comme une malpropre. Alors que l’âge de la retraite, on devrait le voit arriver de loin et il devrait être possible de s’y préparer. Alors oui, une petite jeunette a pris votre place, c’est comme ça que ça se passe dans toutes les entreprises du monde. Je reconnais qu’ils auraient pu changer le nom de la rubrique ou au moins sa signature. L’Encre Bleue est votre bébé et vous n’aimez pas le voir entre les bras d’une autre. Si ça peut vous consoler, on sent bien que l’auteur a changé, le ton et le style sont presque les mêmes, mais pas vraiment tout à fait assez pour donner le change.

Vous vous voyez dorénavant comme une vieille croûte, entourée de seniors gâteux. Merci pour eux… A 65 ans, on n’est pas plus croulant qu’à 64 et il ne tient qu’à vous d’être active et de profiter de tout le temps libre dont vous disposez dorénavant. Il n’y a pas que le travail dans la vie, que diable ! Vous aimez écrire, rien ne vous oblige à arrêter. Tournez la page de la Tribune, au propre si vous voulez, mais surtout au figuré. Ecrivez autre chose, autrement, et pour un public différent. Rejoignez des groupes, pas forcément de retraités, ce ne sont pas les activités qui manquent à Genève, vous avez bien dû vous en rendre compte au cours de toutes ces années passées dans la rédaction d’un journal.


Regardez donc le film Monsieur Schmidt, avec Nicholson, c’est votre histoire. Un homme qui a consacré toute sa vie à son travail et qui se retrouve tout seul, tout con, le jour de ses 65 ans. Il retourne au bureau et voit un jeune loup dynamique à sa place. Par la force des choses, sa vie prend un nouveau tournant. Ou lisez les livres de Virginia Ironside, No ! I don’t want to join a book club ! ou La sexygénaire n’a pas dit son dernier mot, le seul qui ait été traduit en français, je crois. Le site internet de Cité Séniors grouille de propositions d’activité, à tel point que je me réjouis d’avoir non seulement l’âge mais aussi le temps d’y participer. Pas besoin non plus d’être une vieille schnoque pour faire du bénévolat, il m’arrive d’en faire et c’est toujours très sympa.



J’ai aujourd’hui cinquante ans (et demie !) et j’ose dire que je suis parfaitement heureuse et bien dans ma peau, ayant enfin trouvé une certaine sérénité, une certaine sagesse. Je vis exactement comme je veux, je fais ce que je veux, quand je le veux (dans les limites de la décence, du respect d’autrui et de la nécessité de gagner encore un peu ma vie, bien évidemment) et je me moque bien du qu’en dira-t-on. J’irai voir le dernier film de Dany Boon si ça me chante, je m’offre des churros au marché, je farfouille dans les soldes chez Bata, je vais (parfois) me coucher à 22h... Et je dis prout ! à ceux que ça choque.

La vie est belle, vous avez sans doute encore trente ans devant vous, profitez-en ! Je connais bien des retraités qui sont encore plus occupés aujourd’hui que du temps de leur vie active. Vous êtes libre comme l’air, vous pouvez vivre selon votre rythme, dormir tard, manger à 15h, aller au cinéma l’après-midi, aller au marché aux puces le mercredi. Dans votre prochain spectacle, vous pourrez nous raconter votre nouvelle vie, tout ce que vous aurez découvert et qui vous échappait parce que vous étiez enfermée entre les quatre murs de votre bureau.

Si une fée me proposait d’avoir à nouveau vingt ans, je lui dirais : Non, merci ! Sans façons !

Palais Mascotte

Voir aussi: http://tiina-gva.blogspot.com/2010/08/vivons-vieux-vivons-heureux.html
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J’aimerais publier ce texte sur mon blog, mais j’aimerais avoir votre feu vert pour le faire. Vous êtes un personnage public, je ne cite pas votre vrai nom et mon texte parle du vieillissement de façon générale. L’amie qui m’a accompagnée va atteindre l’AVS dans quelques mois, elle se réjouit presque. Elle en parle depuis plusieurs années et ça ne va pas lui tomber dessus comme une mauvaise tuile. Chaque âge a ses avantages, ne les refusez pas !
Et vous aurez un droit de réponse, en mettant un commentaire, si vous le voulez bien…

Bonne chance pour la suite
Amitiés

mardi 25 janvier 2011

La Belle Hélène de Jacques Offenbach

Patrick Zard, le Choeur de Vernier, Jacques Gay
Raphaëlle Farman et Jacques Gay, deux chanteurs lyriques de Paris ont décidé de venir monter La Belle Hélène d’Offenbach à Genève. Il se trouve qu’ils ont choisi le Chœur de Vernier pour participer à cette folle aventure et c’est ainsi que j’ai pu vivre cette expérience aussi unique qu’exceptionnelle.

Le chemin a bien sûr été parsemé d’embûches, de surprises et d’imprévus. Nous devions nous produire au Théatre du Léman en novembre et – heureusement – le spectacle a finalement eu lieu au Théâtre de l’Alhambra en janvier. Nous avons non seulement eu plus de temps pour répéter, mais le lieu est plus chaleureux et plus sympathique. Nous avons également dû changer d’orchestre et avons clairement gagné au change avec un petit quintette à corde professionnel, accompagné d’une excellente pianiste, professionnelle elle aussi. Du coup, nous avons fait quatre représentations au lieu de deux (et une de plus pour les seniors), mais c’est plutôt une bonne chose, car on s’amuse comme des fous sur scène !

Un choriste, Franck Cassard, Raphaëlle Farman, Jacques Gay
Après quatre mois de répétitions avec ou sans mise en scène (voir L’envers du décor) de septembre à décembre, le rythme s’est sérieusement accéléré dès le mois de janvier. Nous avons reçu nos costumes et accessoires et on se disait "à demain !" en quittant les répétitions. Tel un puzzle dont les pièces se mettent lentement en place, l’œuvre prenait forme. Puis le jour est venu où nous avons pu répéter avec l’orchestre, puis avec les solistes, tous des professionnels venus de Paris. Quel bonheur !

Chaque fois que j’apprends une œuvre en chantant dans un chœur, j’apprécie énormément le fait de découvrir et de comprendre tous les détails et subtilités de la pièce. Il n’en va pas autrement dans le cas de la Belle Hélène. C’est une opérette très drôle, très riche, théâtrale et pleine de petits détails. La scène du rêve d’amour est à la fois comique, romantique, sensuelle, dramatique, coquine et très mélodieuse : quel génie, cet Offenbach !

Le duo du rêve d'amour: Raphaëlle Farman, Mathieu Sempéré
Contrairement au public, nous avons l’avantage de voir cette pièce plusieurs fois et je commence à connaître toutes les répliques par cœur. Il est très intéressant aussi de voir des comédiens et chanteurs professionnels au travail : le public a l’illusion qu’ils prononcent leur texte pour la première fois, tellement c’est naturel et spontané, alors que chaque virgule est parfaitement à sa place – avec une certaine marge d’improvisation, vu la nature de l’œuvre. La scène était également agrémentée de deux danseuses de revue, qui jouaient divers rôles, essentiellement muets.



Etrangement, je n’ai jamais eu le trac. Rien que du plaisir et du fun à l’état pur. Le public réagissait bien, riait quand il le fallait et applaudissait à tout rompre à la fin du spectacle. C’était formidable ! Une excellente ambiance régnait aussi en coulisses, avec une bonne collaboration pour que chacun retrouve ses accessoires, que personne n’ait son chapeau de travers ou du rouge à lèvre sur les oreilles.

Une fois le spectacle terminé, je rentrais chez moi à pied et heureusement qu’il faisait nuit car j’étais grimée comme une femme des mauvais quartiers. Je me faisais presque peur quand je me voyais dans le miroir de l’ascenseur.

Ce qui me frappe avec cette Belle Hélène, c’est à quel point elle est populaire. Tous ceux à qui j’ai parlé de ce projet se sont écrié : "Oh, mais quelle chance ! C’est formidable, comme c’est chouette !" Tous ne sont pas venus, mais ceux qui nous ont vus et entendus ont passé une excellente soirée. Nous allons recevoir un DVD souvenir, ce qui me permettra de voir le spectacle de l’extérieur et de découvrir aussi tout ce que je n’ai pas vu parce que je devais me cacher en coulisses. Maintenant, je n’ai qu’une envie, c’est de recommencer !

Photo prise à la fin de la répétition générale; le micro servait à nous donner des instructions. Il n'y avait bien sûr aucun micro pendant la représentation.


Raphaëlle Farman (la Belle Hélène), Jacques Gay (Agamemnon), www.operaenfete.com
Partick Zard (Calchas), Franck Cassard (Ménélas), Mathieu Sempéré (Pâris), Clémentine Bourgoin (Oreste)
Direction : Franz Josefovski

samedi 25 décembre 2010

La Veuve Joyeuse de Franz Lehár


Quelle merveilleuse soirée que cette représentation de la Veuve Joyeuse au Grand Théâtre de Genève ! On m’avait dit pis que pendre de la mise en scène – "ils sont dans un bunker tout le long" – alors que les décors représentent un lieu monumental qui n’est pas sans rappeler le Palais des Nations. Une architecture fasciste, certes, mais n’oublions pas que nous sommes au Ponténégro et que le pays va très mal…

L’œuvre ressemble quelque peu à la Belle Hélène, je me sentais donc en terrain connu : un pays au sud-est de l’Europe, au bord de la banqueroute; il y est beaucoup question d’adultère et de stratagèmes plus ou moins foireux pour sauver la patrie. L’air Femmes ! Femmes ! Femmes ! se prête très bien à un french cancan et on sent qu’Offenbach n’est pas bien loin. La veuve chante l’air de Vilja en nuisette – les metteurs en scène adorent déshabiller les sopranos – mais cela se justifie dans la mesure où elle vient de se substituer à une épouse infidèle. Enfin, les grisettes de chez Maxim’s sont en guêpière et remuent leur popotin. L’intrigue se déroulant dans un pays imaginaire mais néanmoins vaguement balkanique, les personnages parlent parfois en une sorte de sabir slave et s’interpellent par des Gospodin ! Gospodina ! ce qui signifie "seigneur" ou "monsieur" en russe. Tout le spectacle était d’ailleurs multilingue, un mélange entre les versions allemande, française et anglaise. Valencienne, l’épouse du baron Mirko Zeta (José van Dam) était chantée par Jennifer Larmore. Américaine à l’extrême, elle chante, moulée dans une longue robe argentée qui scintillait de mille feux, un air dans le style de Broadway, A Foolish Heart de Kurt Weill, au début du bal. Il s’agit d’un rajout à l’œuvre, mais qui s’y intégrait très bien.


La soirée a été marquée par un de ces contes de fées qui se produisent parfois à l’opéra : le rôle-titre était souffrante et a été remplacée in extemis par une Veuve importée de Vienne, la merveilleuse Elisabeth Flechl. Elle connaissait bien évidemment la partition, mais elle a dû apprendre la mise en scène au grand galop et il a sans doute aussi fallu lui coudre fissa des costumes à ses mesures, fort généreuses au demeurant. Elle doit toutefois assurer la première d’un autre opéra à Vienne le 27 décembre et le Grand Théâtre a dû dénicher une deuxième Veuve de secours, qui aura à peine le temps de répéter ses mouvements. On m’a dit qu’elle apprenait son rôle à l’aide d’une vidéo. Voilà encore un métier qui ne se repose pas pendant les Fêtes de fin d’année !

La Veuve Joyeuse de Franz Lehár a été créée à Vienne en décembre 1905 et connaît un succès inoxydable depuis. Il existe cinq adaptations au cinéma, notamment par Ernst Lubitsch et Eric von Stroheim. La Veuve, Hanna Glawari, ayant hérité de vingt millions au décès de son mari, le baron Mirko Zeta cherche à la pousser dans les bras d’un Ponténégrin, pour que cette fortune reste au pays et le sauve de la faillite. Gospodina Glawari choisira évidemment celui qu’elle cherche à éviter pendant deux heures, Danilo Danilovitch, dont la devise est "aime beaucoup, fiance toi un peu, mais ne te marie jamais !" On devine qu’ils se sont connus autrefois et Danilo l’aime malgré ses millions. Ah ! c’est beau, l’amour ! Surtout à l'opéra...



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